Sénégal : Moody’s abaisse la note souveraine à « Ca » sur fond de tensions autour de la dette et du budget.

Jad20251015 ass senegal notation moodys agence

La situation financière du Sénégal connaît un nouvel épisode de tension. Le jeudi 29 octobre 2026, l’agence américaine Moody’s a abaissé, pour la cinquième fois consécutive, les notes souveraines du pays en devises étrangères, les faisant passer de « Caa2 » à « Ca ». Cette décision place le Sénégal dans une catégorie de risque de crédit extrêmement élevé, proche du défaut de paiement.

La dégradation concerne aussi bien la note de l’émetteur à long terme que celle de la dette senior non garantie en devises étrangères. Dans le même temps, Moody’s a toutefois relevé la perspective associée à ces notes, passée de « négative » à « stable ». La note en monnaie locale reste, quant à elle, à « Caa2 ».

Cette nouvelle décision intervient moins de deux mois après le précédent abaissement et dans un contexte de discussions sur la restructuration de la dette publique sénégalaise.

Une restructuration de la dette aux conséquences potentiellement lourdes

Cette dégradation s’explique principalement par les inquiétudes de Moody’s concernant les conditions de la restructuration envisagée par Dakar. L’agence anticipe désormais des pertes plus importantes pour les créanciers privés extérieurs, notamment les investisseurs détenant des obligations internationales du Sénégal.

En septembre 2026, les autorités sénégalaises avaient annoncé leur intention de solliciter une restructuration de la dette dans le cadre commun du G20. Cette démarche intervient après la découverte de passifs jusque-là non déclarés, qui ont considérablement aggravé les comptes publics. Selon les estimations retenues par Moody’s, la dette publique du pays représente désormais environ 97 % du produit intérieur brut (PIB).

L’agence considère qu’un simple réaménagement des échéances pourrait ne pas suffire à rétablir la soutenabilité de la dette. Un allègement plus important pourrait donc être nécessaire, ce qui exposerait davantage les créanciers privés étrangers à des pertes financières.

Les discussions entre le gouvernement, les créanciers et le Fonds monétaire international (FMI) sont ainsi déterminantes pour définir les modalités de cette opération et restaurer la confiance des partenaires financiers.

La loi de finances rectificative au cœur des tensions

La dégradation intervient également dans un contexte de tensions autour de la loi de finances rectificative (LFR) 2026. Ce texte constitue un élément important des discussions avec le FMI, alors que le Sénégal cherche à obtenir un programme de financement de 2,2 milliards de dollars sur trois ans.

Son examen à l’Assemblée nationale a été marqué par des désaccords entre le gouvernement et les parlementaires. Le projet a notamment rencontré des résistances au sein de la commission des Finances, avant que son examen ne soit renvoyé en commission à la suite d’une demande du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba.

Ces difficultés parlementaires compliquent le calendrier budgétaire et pourraient retarder la validation d’un accord formel avec le FMI ainsi que les décaissements attendus. Moody’s considère que les incertitudes institutionnelles et les retards éventuels dans le processus de restructuration constituent des risques supplémentaires pour la situation financière du pays.

L’appartenance à l’UEMOA, un facteur d’atténuation des risques

Malgré cette nouvelle dégradation, Moody’s a relevé la perspective de la note de « négative » à « stable ». Cette évolution s’explique notamment par le rôle protecteur que peut jouer l’appartenance du Sénégal à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Selon l’agence, l’intégration monétaire régionale contribue à limiter les risques de change et de déséquilibre de la balance des paiements. Elle permet également au pays de conserver un accès aux marchés financiers régionaux, ce qui réduit le risque d’une détérioration brutale de sa liquidité extérieure.

La perspective stable ne signifie toutefois pas que les difficultés financières sont résolues. Elle traduit plutôt une appréciation de risques jugés globalement équilibrés, entre les incertitudes liées à la restructuration et les mécanismes de soutien associés à l’appartenance à l’UEMOA.

Pour le Sénégal, le défi est désormais de parvenir à un accord avec ses créanciers, de rétablir la soutenabilité de ses finances publiques et de préserver sa capacité à mobiliser des ressources sur les marchés régionaux. L’issue des négociations avec le FMI et les détenteurs de la dette sera déterminante pour la trajectoire financière du pays.