Images 77 360x320

Guinée : l’exploitation anarchique de l’or interdite à Siguiri, des milliers de Burkinabè contraints de quitter les sites miniers.

Le gouvernement guinéen a décidé de durcir les mesures contre l’exploitation anarchique de l’or dans la région administrative de Siguiri, au nord-est du pays. Annoncée le 2 novembre 2026, cette décision vise à mettre fin aux activités minières illégales, responsables, selon les autorités, d’importants dégâts environnementaux. Elle entraîne également le départ de nombreux travailleurs étrangers, notamment des ressortissants burkinabè, dont plusieurs milliers seraient concernés.

Cette mesure fait suite à plusieurs missions d’inspection et d’évaluation conduites ces derniers mois dans la région. Les conclusions présentées par les autorités guinéennes font état d’une dégradation préoccupante des écosystèmes, provoquée par des activités d’orpaillage menées en violation de la réglementation minière.

Les autorités dénoncent notamment la destruction des sols, des terres agricoles et du couvert végétal, favorisée par l’utilisation d’engins lourds. Elles pointent également la pollution et l’ensablement du fleuve Niger, du Djoliba et du Tinkisso, ainsi que de leurs affluents.

Dans leur communiqué conjoint, cinq membres du gouvernement, dont le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, ont annoncé une série de mesures destinées à encadrer strictement les activités aurifères dans la région.

L’utilisation de dragues, l’extraction et le lavage de minerais dans les lits et sur les berges des cours d’eau sont désormais interdits. Le recours aux explosifs, au mercure, au cyanure et à d’autres substances chimiques dangereuses est également proscrit. Les activités minières sont par ailleurs interdites dans les zones protégées, les forêts classées, les terres agricoles, les pâturages ainsi qu’à proximité des agglomérations et des infrastructures publiques.

Un dispositif sécuritaire renforcé

Pour garantir l’application de ces nouvelles dispositions, le gouvernement a ordonné le déploiement permanent des forces de défense et de sécurité dans la région. Le dispositif mobilise notamment les forces armées, la gendarmerie, la police, les douanes et les services chargés de la protection de la nature.

Des contrôles seront effectués sur les axes routiers et fluviaux ainsi qu’aux différents points d’entrée de Siguiri. L’objectif est d’empêcher l’acheminement d’engins lourds, de dragues, d’explosifs et de produits chimiques destinés aux activités minières clandestines.

Les opérations prévoient également des vérifications d’identité et de régularité du séjour des personnes présentes sur les sites. Les ressortissants étrangers en situation irrégulière seront soumis aux procédures prévues par la législation guinéenne. Par ailleurs, seuls les comptoirs agréés pourront procéder à l’achat et à la commercialisation de l’or produit dans la région.

Des milliers de Burkinabè concernés par les départs

La mise en œuvre de ces mesures a entraîné le départ de plusieurs milliers de travailleurs burkinabè qui exerçaient sur les sites d’exploitation artisanale de Siguiri. Une partie d’entre eux a rejoint le Mali, pays voisin de la Guinée, dans l’attente de leur retour au Burkina Faso.

Face à cette situation, le gouvernement burkinabè a annoncé, le 3 novembre, des dispositions pour organiser le retour de ses ressortissants dans des conditions dignes et sécurisées. Une délégation gouvernementale conduite par le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, s’est rendue à Bamako le mercredi 4 novembre afin d’évaluer la situation et de coordonner leur prise en charge avec les autorités maliennes.

À cette occasion, le responsable burkinabè a annoncé la mobilisation d’une centaine de bus pour assurer le rapatriement des personnes concernées, dont 50 étaient déjà en route sur le territoire malien. Des sites d’accueil ont également été identifiés au Burkina Faso pour faciliter leur retour auprès de leurs familles.

Le ministre a toutefois regretté l’absence de concertation préalable avec les autorités burkinabè et maliennes avant le lancement de l’opération. Il a également fait état de blessés parmi les ressortissants concernés, évoquant notamment des personnes présentant des blessures par balles. Ces déclarations, qui constituent des accusations formulées par les autorités burkinabè, appellent à des vérifications indépendantes.

Ouagadougou a par ailleurs appelé les populations au calme et à la retenue, les exhortant à éviter les manipulations et la désinformation dans un contexte marqué par de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Le nombre exact de ressortissants concernés n’a, à ce stade, pas été officiellement communiqué.

Quotidien Sidwaya+2

Conakry veut assainir durablement le secteur aurifère

Du côté guinéen, les autorités insistent sur le fait que cette opération ne constitue pas une remise en cause de l’importance de l’exploitation aurifère dans l’économie nationale. Elles affirment vouloir mettre fin aux pratiques illégales, protéger les populations riveraines et préserver les ressources naturelles, tout en renforçant le contrôle de l’État sur la filière.

Cette orientation s’inscrit dans une volonté plus large de restructuration du secteur minier, notamment à travers le développement des activités semi-industrielles et industrielles. Le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, avait indiqué que la Guinée avait produit 72 tonnes d’or en 2024, dont environ 70 % issus de l’exploitation artisanale.

Le gouvernement entend ainsi faire évoluer progressivement le modèle d’exploitation aurifère vers des activités mieux encadrées. L’exploitation semi-industrielle est notamment présentée comme un secteur réservé aux opérateurs nationaux.

À travers cette opération à Siguiri, Conakry affiche donc sa volonté de reprendre le contrôle de l’exploitation aurifère et de lutter contre les conséquences environnementales de l’orpaillage clandestin. Mais les départs massifs de travailleurs étrangers et les accusations formulées par Ouagadougou soulèvent également des enjeux humanitaires et diplomatiques entre les trois pays concernés : la Guinée, le Mali et le Burkina Faso.