
Conakry accueille les 37ᵉ Journées annuelles du Club des Dirigeants de Banques d’Afrique.
Les Journées annuelles du Club des Dirigeants de Banques et Établissements financiers d’Afrique ont officiellement débuté jeudi 12 février 2026 à Conakry. Cette 37ᵉ édition, qui s’achève le 13 février, est présidée par le Premier ministre, Amadou Oury Bah, et réunit de hauts responsables du secteur financier venus de plusieurs pays du continent.
Placée sous le thème « Le financement de l’économie africaine : Intelligence artificielle et réglementation au service de l’efficacité bancaire », la rencontre rassemble dirigeants de banques, régulateurs, experts financiers, décideurs publics et acteurs de l’innovation technologique. Dans un contexte marqué par un déficit structurel de financement des PME et une accélération des mutations numériques, les échanges visent à dégager des solutions concrètes pour renforcer l’efficacité, la résilience et l’inclusivité des systèmes bancaires africains.
L’intelligence artificielle, levier stratégique de transformation
Pour Sidi Mohamed Chérif, président de l’Association professionnelle des banques (APB) de Guinée, le choix du thème reflète une préoccupation centrale pour le continent. L’Afrique, a-t-il rappelé, fait face à des besoins massifs de financement pour soutenir sa croissance, accélérer son industrialisation et élargir l’inclusion financière.
Selon lui, les banques africaines ne peuvent plus se limiter à un rôle d’intermédiation classique : elles doivent devenir de véritables acteurs du développement économique. Dans cette perspective, l’intelligence artificielle apparaît comme un outil stratégique, capable d’optimiser l’évaluation des risques, d’améliorer la qualité du service et d’élargir l’accès au crédit.
Cette transformation, a-t-il toutefois souligné, doit s’inscrire dans des cadres réglementaires solides, garants de la stabilité financière, de la transparence et de la confiance des usagers.
Le responsable bancaire a également mis en avant l’évolution des indicateurs du secteur en Guinée. En l’espace de quatre ans, les financements à la clientèle seraient passés d’environ 2 milliards à plus de 4,8 milliards de dollars, tandis que les engagements de l’État auprès du système bancaire auraient progressé de 2 à 3,8 milliards de dollars. Des chiffres qu’il interprète comme le signe d’un engagement accru du secteur dans le financement de l’économie nationale.
Un déficit continental estimé à 330 milliards de dollars
Le président du Club et directeur général du Fonds africain de garantie et de coopération économique (FAGACE), Ngueto Tiraïna Yambaye, a pour sa part rappelé l’ampleur du défi à l’échelle continentale.
Les PME représentent environ 80 % des emplois et près de la moitié du PIB africain, mais elles n’accèdent qu’à moins de 20 % du crédit formel. Le déficit de financement dépasserait 330 milliards de dollars. Par ailleurs, près de 45 % des populations africaines demeurent en marge du système bancaire.
Dans ce contexte, l’intelligence artificielle ne relève pas d’un simple effet de mode, mais d’une nécessité opérationnelle. Grâce au scoring alternatif, à l’automatisation des प्रक्रés et à la gestion prédictive des risques, les institutions financières peuvent réduire leurs coûts, mieux détecter les fraudes et élargir leur base de clientèle, y compris dans le secteur informel. Chatbots bancaires, identification biométrique et exploitation de données non structurées figurent parmi les outils cités pour favoriser l’inclusion financière.
Mais l’innovation, a-t-il averti, doit impérativement s’accompagner de règles claires en matière de protection des données, d’éthique et de gouvernance des algorithmes. L’enjeu consiste à bâtir un cadre réglementaire adapté aux réalités africaines, capable d’encadrer l’innovation sans l’entraver.
Croissance, effet d’éviction et réformes structurelles en Guinée
Présidant la cérémonie d’ouverture, le Premier ministre Amadou Oury Bah a replacé les discussions dans le contexte macroéconomique guinéen. Il a évoqué une économie en forte croissance, avec des perspectives de taux à deux chiffres, tout en reconnaissant la persistance de déséquilibres structurels.
Il a notamment souligné le phénomène d’« effet d’éviction », résultant du niveau élevé des besoins de financement de l’État, qui mobilise une part importante des ressources bancaires au détriment du financement de l’économie réelle. Le gouvernement, a-t-il admis, devra ajuster sa stratégie pour réorienter davantage de flux vers le secteur productif.
Le chef du gouvernement a par ailleurs insisté sur la nécessité de diversifier l’économie, d’investir dans les infrastructures et le capital humain, et de renforcer les recettes intérieures afin de préserver les équilibres monétaires. La détention d’une monnaie nationale constitue, selon lui, un atout, à condition de respecter strictement les principes de gestion budgétaire et de politique monétaire.
Enfin, il a estimé que l’intelligence artificielle ne pourra produire des résultats tangibles sans un environnement fondé sur la confiance, la coopération et une meilleure circulation de l’information entre pouvoirs publics, banques et clients. L’enjeu, a-t-il conclu, est d’intégrer l’ensemble des acteurs économiques dans une dynamique de justice et d’efficacité, condition indispensable pour faire du système bancaire un véritable moteur de transformation structurelle.

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