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Eco : la BCRG défend le maintien du franc guinéen et appelle à la prudence.

Le débat sur l’avenir monétaire de la Guinée se poursuit alors que le projet de monnaie unique de la CEDEAO, l’Eco, continue d’être discuté à l’échelle régionale. Le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr Karamo Kaba, s’est prononcé en faveur du maintien du franc guinéen, estimant que les conditions nécessaires à l’adoption d’une monnaie commune ne sont pas encore réunies.

S’exprimant mardi 11 août 2026 lors d’une conférence de presse consacrée notamment au nouveau programme économique conclu avec le Fonds monétaire international (FMI), le gouverneur a soutenu la décision des autorités guinéennes de conserver, pour le moment, la monnaie nationale.

Selon lui, une adhésion précipitée à l’Eco pourrait exposer la Guinée à plusieurs contraintes économiques et institutionnelles.

Des critères de convergence encore difficiles à respecter

Le principal argument avancé concerne les critères de convergence macroéconomique fixés dans le cadre du projet de monnaie unique ouest-africaine. Ces exigences visent notamment à garantir une certaine stabilité des finances publiques, de l’inflation et des principaux équilibres économiques avant l’intégration des États dans une même union monétaire.

Dr Karamo Kaba estime que peu de pays de la région remplissent actuellement l’ensemble de ces critères. Il affirme que la Guinée en respecte plusieurs, mais reste notamment confrontée aux exigences liées au déficit public.

Pour le gouverneur, cette situation montre que le calendrier d’une éventuelle mise en circulation de l’Eco doit être abordé avec prudence. Une monnaie commune, souligne-t-il, ne peut fonctionner durablement sans une convergence suffisamment solide entre les économies participantes.

La nécessité d’un mécanisme de solidarité

Au-delà des critères économiques, le gouverneur de la BCRG insiste sur la nécessité de prévoir des mécanismes de transfert entre les États membres.

Dans une union monétaire, les pays ne disposent plus de la même liberté pour ajuster leur politique monétaire ou leur taux de change en fonction de leur situation économique. Des mécanismes de solidarité financière seraient donc nécessaires pour accompagner les pays confrontés à des déficits ou à des chocs économiques spécifiques.

Cette question constitue, selon lui, l’une des conditions essentielles à la viabilité d’une future monnaie commune ouest-africaine.

La gouvernance de la future banque centrale en question

La question de la gouvernance monétaire régionale constitue également un point majeur des réserves exprimées par le gouverneur.

Dr Karamo Kaba estime que l’adoption de l’Eco entraînerait pour la Guinée un transfert de compétences de sa banque centrale nationale vers une institution supranationale. Il s’interroge notamment sur le poids réel dont disposerait Conakry dans les décisions d’une éventuelle banque centrale commune.

Le gouverneur souligne, à cet égard, le poids économique et démographique du Nigeria au sein de la CEDEAO. Selon son analyse, la répartition du pouvoir au sein d’une future institution monétaire régionale pourrait accorder une influence importante à Abuja.

Cette perspective soulève, à ses yeux, la question de l’équilibre entre intégration régionale et préservation de la souveraineté monétaire des États.

Conserver le franc guinéen pour le moment

Pour Dr Karamo Kaba, ces différents éléments plaident en faveur d’une approche progressive. Le maintien du franc guinéen permettrait à la Guinée de conserver la maîtrise de sa politique monétaire tout en poursuivant les discussions régionales sur les conditions nécessaires à une éventuelle monnaie commune.

Cette position ne signifie pas un rejet définitif du projet de l’Eco, mais plutôt une volonté de privilégier la prudence et la préparation avant toute décision d’adhésion.

Le débat reste ainsi ouvert entre les impératifs d’intégration économique régionale et la volonté de préserver une autonomie monétaire nationale, deux enjeux qui devraient continuer à alimenter les discussions sur l’avenir économique de la Guinée et de la CEDEAO.

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L’Éco se rapproche : la Guinée est-elle prête à abandonner le franc guinéen ?

En rejoignant la Task Force présidentielle de la CEDEAO chargée de piloter la mise en œuvre de l’Éco, la Guinée s’invite au cœur des décisions sur la future monnaie unique ouest-africaine. Si cette intégration ne signifie pas l’abandon imminent du franc guinéen, elle relance le débat sur l’avenir monétaire du pays. Le gouvernement affiche son soutien au projet, tout en conditionnant toute décision aux réalités économiques nationales.

Le projet de monnaie unique ouest-africaine entre dans une nouvelle phase. Réunis le 19 juillet 2026 à l’occasion de la 69ᵉ Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les dirigeants de la sous-région ont réaffirmé leur ambition de lancer l’Éco à l’horizon 2027.

À cette occasion, la Guinée, récemment réintégrée au sein de l’organisation régionale, a obtenu l’approbation de sa demande d’intégrer la Task Force présidentielle chargée de conduire les travaux politiques devant aboutir à la création de la monnaie commune.

Cette décision marque un tournant pour Conakry. Sans préjuger d’une adhésion à l’Éco, elle place le pays au cœur des discussions stratégiques sur l’avenir de l’intégration monétaire ouest-africaine.

L’intégration de la Guinée dans l’instance de pilotage relance naturellement une interrogation : le pays est-il prêt à tourner la page du franc guinéen au profit de l’Éco ?

Pour le gouvernement, la réponse est loin d’être tranchée. Les autorités affichent une position favorable au principe de la monnaie unique, mais refusent toute décision précipitée.
« La Guinée est partie prenante dans la réflexion pour la mise en place de cette monnaie. Le président de la République a été approché pour intégrer ce groupe de chefs d’État qui va travailler sur sa mise en œuvre. Ensuite, nous verrons, en fonction des paramètres de notre pays, quelle décision sera prise », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, lors d’une conférence animée ce lundi 27 juillet 2026.

Autrement dit, l’adhésion éventuelle de la Guinée dépendra avant tout de l’évaluation de ses intérêts économiques, financiers et monétaires.
Pour les autorités, le projet de monnaie unique s’inscrit dans un processus d’intégration déjà engagé depuis plusieurs années au sein de la CEDEAO.
Le porte-parole invite d’ailleurs à ne pas comparer mécaniquement l’Éco à l’euro.
« Il faut comparer l’Éco et l’euro avec discernement. Ce n’est pas une monnaie héritée, mais une volonté politique des États de mettre en place une monnaie commune pour l’ensemble des pays de la sous-région. »

Selon lui, plusieurs instruments communautaires témoignent déjà de cette intégration progressive.
« Les permis de conduire sont déjà des permis CEDEAO. Les passeports sont des passeports CEDEAO. Les cartes nationales d’identité évolueront également vers un format CEDEAO. Beaucoup de facteurs d’intégration sont déjà en cours de réalisation. »

À ses yeux, la monnaie unique constituerait l’aboutissement logique de cette dynamique régionale.
« On ne peut pas avoir des passeports communs, des cartes d’identité communes, des permis communs et de nombreux autres documents communautaires, tout en laissant chaque pays évoluer seul sur le plan monétaire. À un moment donné, il faut oser pour renforcer l’intégration de la sous-région. »

Malgré cette volonté affichée, le gouvernement insiste sur le fait qu’aucune décision n’a encore été arrêtée concernant une éventuelle substitution du franc guinéen par l’Éco.
Il assure que les études techniques et économiques seront déterminantes avant toute orientation politique.
« Les économistes et les spécialistes disposant des instruments et des variables nécessaires à cette intégration prendront la parole le moment venu. Ils expliqueront clairement les raisons qui pourraient conduire l’État à adhérer à cette monnaie ou, au contraire, à ne pas y adhérer. »

En rejoignant la Task Force présidentielle de la CEDEAO, la Guinée envoie un signal clair : elle entend participer activement à la construction de la future monnaie unique. Mais entre participation aux travaux et abandon du franc guinéen, un pas reste à franchir. Pour l’heure, le gouvernement privilégie une approche pragmatique, laissant les analyses économiques déterminer si l’Éco représente une opportunité ou un risque pour l’économie nationale.

Source : Guinée360.