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Sénégal : l’État resserre l’encadrement du marché de la pomme de terre locale.

Le Sénégal renforce sa politique de régulation agricole en durcissant les règles encadrant la commercialisation de la pomme de terre locale. Dans une lettre circulaire datée du 25 février 2026, le ministère de l’Industrie et du Commerce annonce la suspension, à partir du 28 février, de la mise en vente des pommes de terre par les agro-industries, et ce jusqu’à nouvel ordre.

Une mesure pour accompagner l’arrivée des récoltes locales

Cette décision intervient dans un contexte marqué par l’arrivée progressive des productions issues des exploitations familiales sur le marché national. Elle s’inscrit dans le prolongement du gel des importations décrété le 16 janvier 2025, visant à protéger la production nationale.

Face à l’afflux de l’offre locale, les autorités redoutent des difficultés d’écoulement pour les petits producteurs, souvent dépourvus de capacités de stockage adéquates. Sans régulation, cette situation pourrait entraîner des pertes post-récolte importantes et une baisse des prix préjudiciable à la rentabilité des exploitations.

Préserver l’équilibre entre industriels et producteurs

À travers cette suspension temporaire, les pouvoirs publics entendent instaurer une meilleure articulation entre les agro-industries et les petits exploitants. L’objectif est de permettre à ces derniers d’écouler leurs stocks dans des conditions plus favorables, avant une reprise progressive des activités des unités industrielles.

Cette approche vise à corriger les déséquilibres structurels du marché, où la concurrence des acteurs disposant de capacités logistiques supérieures peut fragiliser les producteurs les plus vulnérables.

Un dispositif de régulation renforcé

Le ministère annonce par ailleurs la mise en place d’un suivi régulier des prix afin de prévenir toute spéculation et de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs.

Les entreprises ne disposant pas d’infrastructures de conservation sont invitées à se rapprocher de l’Agence de Régulation des Marchés (ARM), qui mettra à disposition des capacités de stockage, notamment en chambres froides.

Autre mesure importante : tout transport de pommes de terre devra désormais être accompagné d’une lettre de voiture signée par l’ARM, renforçant ainsi la traçabilité et le contrôle des flux sur le marché.

Soutenir durablement la filière agricole nationale

À travers cet encadrement renforcé, les autorités sénégalaises réaffirment leur volonté de soutenir les exploitations familiales, considérées comme un pilier essentiel de la filière agricole.

Au-delà de la gestion conjoncturelle de la campagne, cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté alimentaire, visant à structurer durablement les chaînes de valeur agricoles et à sécuriser les revenus des producteurs locaux.

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Marchés agricoles : le gouvernement fait le point sur l’arachide, l’oignon, la pomme de terre et le riz.

À l’occasion de la prise de parole périodique du gouvernement devant la presse, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Serigne Gueye Diop, a dressé un état des lieux détaillé du marché national des produits agricoles de grande consommation. Riz, arachide, oignon et pomme de terre ont été au cœur de cette communication, marquée par la volonté affichée de renforcer la sécurité alimentaire et de soutenir la transformation locale.

Campagne arachidière : priorité à l’approvisionnement local

S’agissant de la campagne arachidière en cours, le ministre a d’abord insisté sur la forte production enregistrée cette année, largement détenue par les paysans. Face aux débats récurrents sur la commercialisation et l’exportation de l’arachide, Serigne Gueye Diop a tenu à clarifier la position de l’État.

« Le gouvernement n’est pas contre l’exportation de l’arachide. Nous avons simplement pris des mesures pour garantir l’approvisionnement prioritaire de la SONACOS, des huiliers et des acteurs locaux avant toute exportation », a-t-il expliqué. Selon lui, cette orientation vise à préserver la capacité de transformation nationale et à sécuriser la chaîne de valeur locale.

Le ministre a par ailleurs indiqué que des discussions sont en cours avec la Chine et d’autres pays importateurs afin de trouver un cadre consensuel pour l’exportation, compatible avec les intérêts stratégiques du Sénégal.

Sur le plan financier, l’État a déjà mobilisé 42 milliards de francs CFA pour l’achat d’arachide. L’objectif gouvernemental est d’atteindre un volume de 250 000 tonnes. À ce stade, la SONACOS a collecté 126 000 tonnes en moins de deux mois, un rythme jugé encourageant par les autorités.

Oignon et pomme de terre : vers l’autosuffisance en 2027

Le ministre du Commerce et de l’Industrie est également revenu sur les efforts engagés pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, en particulier pour l’oignon et la pomme de terre, à l’horizon 2027.

« Cette année, nous sommes proches de 75 % de couverture pour l’oignon », a-t-il indiqué, rappelant que la consommation annuelle nationale est estimée à 350 000 tonnes d’oignons et à environ 150 000 tonnes de pommes de terre. Selon lui, les progrès enregistrés témoignent de l’efficacité des politiques de soutien à la production locale.

Serigne Gueye Diop a souligné un fait marquant : le Sénégal est parvenu à rester neuf mois sans importer d’oignons, un indicateur fort de la montée en puissance de la filière nationale et de la réduction progressive de la dépendance extérieure.

Riz : levée de l’interdiction d’importation du riz brisé

Concernant le riz, denrée stratégique pour les ménages sénégalais, le ministre a annoncé la levée de l’interdiction d’importation du riz brisé. Cette décision s’inscrit, selon lui, dans une logique d’équilibre du marché et de sécurisation de l’approvisionnement.

« Le Sénégal consomme en moyenne 100 000 tonnes de riz par mois et dispose actuellement d’un stock d’environ 400 000 tonnes », a précisé Serigne Gueye Diop. Ces niveaux de stocks sont jugés suffisants pour répondre à la demande nationale à court terme, tout en maintenant une veille sur l’évolution des prix et de la disponibilité.

Une stratégie axée sur la souveraineté alimentaire

À travers ces différentes annonces, le gouvernement réaffirme sa stratégie de souveraineté alimentaire, fondée sur le soutien à la production locale, la transformation nationale et une gestion encadrée des importations. Les autorités entendent ainsi concilier stabilité des marchés, protection des producteurs et accès durable des populations aux denrées de base.