Jad20251223 eco rdc exportations cobalt 360x320

RDC : Washington finance la première raffinerie de cuivre et de cobalt à capitaux congolais, un tournant sur le corridor de Lobito.

La raffinerie de Buenassa a obtenu une subvention non remboursable de 3 385 000 dollars américains de l’Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA). Pour la première fois, le gouvernement américain apporte un soutien direct à un projet minier crucial en République démocratique du Congo, dans une optique d’harmonisation géopolitique manifeste.

Par Rodrigue Fenelon Massala 

C’est une étape que Kinshasa qualifie déjà d’historique. Buenassa, porteur d’un ambitieux projet de raffinerie de cuivre et de cobalt dans le Lualaba,  en République démocratique du Congo, a reçu l’approbation officielle d’une subvention non remboursable de 3 385 000 USD de l’USTDA destinée à financer son étude de préfaisabilité (PFS). L’information a été rendue publique par Julien Paluku Kahongya, ministre du Commerce extérieur de la RDC et ancien ministre de l’Industrie, à l’issue d’une séance de travail stratégique tenue le 17 juillet 2026 avec la direction de l’entreprise, conduite par son fondateur et directeur général, Eddy Kioni.

Buenassa n’est pas un projet porté par une firme étrangère  implanté en République du Congo. C’est une initiative portée par un opérateur économique congolais . En effet, depuis juin 2023, l’État congolais détient une part de 10 % dans Buenassa Resources S.A., la société qui gère la mise en œuvre du projet. De plus, l’ancien Premier ministre Samy Badibanga exerce en tant que président non exécutif du conseil d’administration de la société. C’est à Kinshasa, bien avant l’arrivée de Washington, que le processus a été lancé : le gouvernement congolais a fourni le capital initial sous forme de subvention non remboursable de 3,5 millions USD, grâce au Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI), pour couvrir les études de cadrage. Le soutien américain est donc une extension de l’engagement congolais déjà existant, et non une substitution.

Au-delà du symbole, c’est la nature du financement qui marque les esprits. Il s’agit de la toute première injection significative et directe de capitaux publics américains dans un projet minier stratégique congolais aligné sur le corridor de Lobito, cet axe logistique appelé à évacuer les minerais du cœur du continent vers l’Atlantique, tout en stimulant une industrie régionale plus riche et diversifiée. Ce geste s’inscrit dans le cadre de l’accord stratégique entre les États-Unis et la RDC, et Washington signale ainsi sa volonté de peser dans une filière longtemps dominée par d’autres puissances.

Le contexte donne la mesure de l’enjeu. Selon le Cobalt Institute, la RDC assure près de 73 % de la production mondiale de cobalt en 2025, très loin devant l’Indonésie, et le pays est le 2ième producteur de cuivre au monde derrière le Chili, deux métaux au cœur de l’électrification, du stockage d’énergie et des technologies de défense comme de l’aérospatiale. Fait décisif, Kinshasa a remplacé son interdiction d’exportation du cobalt du début 2025 par un régime de quotas courant jusqu’en 2027, plafonnant les exportations à 87 000 tonnes en 2026 : en limitant les sorties de minerai brut, l’État resserre l’offre mondiale, soutient les prix et accélère la logique de transformation sur place que porte Buenassa. La demande mondiale a atteint 276 000 tonnes en 2025, en hausse de 13 % sur un an, portée par les batteries mais aussi par les superalliages de la défense et de l’aérospatiale, dont la consommation a progressé de 7,5 %. Longtemps exportés à l’état brut, ces minerais sont devenus l’objet d’une rivalité serrée entre Washington et Pékin pour la sécurisation des chaînes d’approvisionnement. C’est précisément la fonction du corridor de Lobito, dont la voie ferrée de 1 300 kilomètres reliant le cœur minier congolais au port angolais fait l’objet d’un financement de plus de 750 millions USD porté notamment par la DFC américaine. En s’y arrimant, la raffinerie Buenassa entend capter la valeur au point de transformation, et non plus à la seule extraction.

Ce premier pas américain appelle toutefois une réponse côté congolais. La lettre d’octroi de l’USTDA subordonne elle-même son offre à la capacité de Buenassa à démontrer l’allocation formelle  d’un  site du projet. Pour maintenir la dynamique, certaines conditions restent donc à réunir par le gouvernement de la RDC, à commencer par l’attribution d’un terrain, condition suspensive du projet. De sa satisfaction dépendra la poursuite du calendrier.

La dynamique ne s’arrête pas là. Des discussions avancées sont en cours avec l’US International Development Finance Corporation (DFC) en vue d’une assistance technique pour l’étude de faisabilité définitive (DFS). L’enveloppe d’investissement total est estimée à 700 millions de dollars pour la phase I et 1,3 milliard pour la phase II, soit près de 2 milliards de dollars pour l’ensemble du projet.

Côté production, les études de cadrage présentées prévoient 120 000 tonnes de cathodes de cuivre au standard LME et 20 000 tonnes de cobalt métal, avec une optionnalité pour du sulfate de cobalt. Buenassa a récemment recentré son positionnement sur les secteurs de la défense et de l’aérospatiale, en quête sécurisée de minerais stratégiques, tout en conservant une optionnalité pour le secteur du stockage d’énergie. Un repositionnement qui place le projet au cœur des chaînes d’approvisionnement les plus stratégiques pour les pays de l’Hémisphère nord, Etats-unis en tête.

Ce financement n’aurait pas vu le jour sans le cap fixé au sommet de l’État. Aux yeux de Kinshasa, le projet Buenassa matérialise la vision du Président de la République Démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo : celle de la transformation locale des ressources congolaises, mise en oeuvre par son Gouvernement. « La RDC s’affirme ainsi comme un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale et de l’équilibre sécuritaire grâce à la transformation locale de ses minéraux stratégiques », résume le ministre Julien Paluku.

En misant sur le raffinage sur son propre sol plutôt que sur l’exportation de matière brute, la RDC entend capter davantage de valeur ajoutée, et l’appui financier américain lui en donne, pour la première fois, les moyens concrets.

Sources

Cobalt Institute, Cobalt Market Report 2025 (mai 2026).

U.S. Geological Survey, Mineral Commodity Summaries 2025 (Cobalt).

U.S. International Development Finance Corporation (DFC) et Partnership for Global Infrastructure and Investment, corridor de Lobito.

Benchmark Mineral Intelligence et Fastmarkets, régime de quotas d’exportation de cobalt de la RDC (2025-2027).

Financial Afrika

1847765 les leopards de la rdc celebrent l egalisation de yoane wissa face au portugal a la coupe du monde le 17 juin 2026 a houston 360x320

La RD Congo signe un retour historique au Mondial en accrochant le Portugal.

Pour son grand retour sur la scène mondiale après 52 ans d’absence, la République démocratique du Congo a marqué les esprits en obtenant un match nul face au Portugal (1-1), mercredi à Houston, lors de la première journée du groupe K de la Coupe du monde 2026. Menés rapidement au score par une équipe portugaise annoncée parmi les prétendants au titre, les Congolais ont su réagir pour décrocher le premier point de leur histoire dans la compétition.

Cette entrée en matière constitue une performance majeure pour les Léopards, qui retrouvaient une phase finale de Coupe du monde pour la première fois depuis leur participation sous l’appellation du Zaïre en 1974. Face à une sélection portugaise dotée de nombreuses individualités et portée par de grandes ambitions, la RD Congo a affiché une solidité collective et une détermination qui lui ont permis de résister jusqu’au coup de sifflet final.

Le Portugal frappe tôt, mais ne parvient pas à faire la différence

Les Portugais ont pourtant pris le contrôle de la rencontre dès les premières minutes. À la 6e minute, João Neves a ouvert le score de la tête sur un centre précis de Pedro Neto, profitant d’une défense congolaise prise de vitesse. Cette réalisation semblait annoncer une soirée plus confortable pour la Seleção, habituée à imposer son rythme face à ses adversaires.

Mais la RD Congo n’a pas été déstabilisée par ce début difficile. Les hommes de Sébastien Desabre ont progressivement retrouvé leurs repères, en s’appuyant sur un bloc compact et des transitions rapides. Ils ont même failli égaliser quelques minutes plus tard par l’intermédiaire de Yoane Wissa, preuve que les Congolais étaient capables de menacer une défense portugaise pourtant expérimentée.

La récompense est finalement arrivée dans le temps additionnel de la première période. Servi par Arthur Masuaku, Yoane Wissa a repris victorieusement de la tête un centre venu du côté gauche pour remettre les deux équipes à égalité (45+5). Un but historique puisqu’il constitue la première réalisation de la RD Congo en phase finale d’une Coupe du monde.

Un exploit symbolique pour une sélection en quête de reconnaissance

Cette égalisation possède une portée particulière dans l’histoire du football congolais. En 1974, lors de son unique précédente participation, le Zaïre avait quitté la compétition sans inscrire le moindre but et avec quatorze buts encaissés en trois rencontres. Cinquante-deux ans plus tard, la nouvelle génération des Léopards a écrit une page différente en obtenant immédiatement un résultat face à une grande nation du football mondial.

Au retour des vestiaires, le Portugal a tenté de reprendre l’initiative. Le sélectionneur Roberto Martinez a procédé à des ajustements offensifs, notamment avec l’entrée de Francisco Conceição, afin d’apporter davantage de percussion dans les derniers mètres.

Malgré une possession largement favorable, les Portugais ont toutefois manqué de réalisme. Cristiano Ronaldo, qui disputait à 41 ans sa sixième Coupe du monde, n’a pas réussi à trouver l’ouverture. L’attaquant d’Al-Nassr a eu plusieurs opportunités en seconde période, mais ses tentatives n’ont pas trouvé le cadre.

Les Léopards passent tout près d’un exploit encore plus grand

Le Portugal a bien cru reprendre l’avantage sur une reprise spectaculaire de João Cancelo, mais le but a finalement été refusé pour une position de hors-jeu à la 55e minute.

De son côté, la RD Congo aurait même pu créer une immense surprise. Cédric Bakambu a trouvé le poteau à la 57e minute avant de manquer une nouvelle occasion en contre quelques minutes plus tard. Les Léopards ont ainsi démontré qu’ils pouvaient non seulement résister, mais également inquiéter une équipe portugaise pourtant considérée comme l’une des forces majeures du tournoi.

Dans les dernières minutes, Bruno Fernandes a tenté de forcer la décision par des frappes lointaines, sans parvenir à tromper la vigilance du gardien congolais. Le score est finalement resté inchangé.

Un avertissement pour le Portugal, une soirée historique pour la RD Congo

Ce match nul représente une véritable victoire symbolique pour la République démocratique du Congo, qui débute son retour au Mondial par une prestation pleine de caractère. Les Léopards lancent ainsi leur campagne avec confiance et prouvent qu’ils peuvent rivaliser avec les meilleures sélections du monde.

Pour le Portugal, en revanche, ce résultat constitue une première alerte. Malgré son statut de favori du groupe et la qualité de son effectif, la Seleção devra rapidement retrouver davantage d’efficacité offensive afin d’éviter une nouvelle désillusion dans une compétition où chaque point compte.