Le monde universitaire et politico-intellectuel francophone est en deuil. Le professeur Albert Bourgi, agrégé de droit public et spécialiste reconnu du droit constitutionnel et des relations internationales, s’est éteint le 7 janvier 2026 en France, à l’âge de 83 ans.
Né le 4 avril 1945 à Dakar dans une famille libanaise installée au Sénégal, Bourgi a consacré toute sa vie à la réflexion juridique, à l’enseignement et à la défense d’une vision démocratique, sociale et progressiste du droit et des institutions, particulièrement dans le contexte africain.
Un érudit du droit au service de l’Afrique
Professeur des universités à l’Université de Reims, où il enseignait le droit constitutionnel et les relations internationales, Bourgi s’est imposé comme une référence dans l’analyse des textes fondamentaux et des systèmes politiques. Sa carrière professorale fut marquée par une pédagogie exigeante et une capacité rare à relier la théorie juridique aux enjeux concrets des États et des sociétés.
Au-delà du monde académique, il fut aussi une voix médiatique respectée, chroniqueur dans Jeune Afrique et commentateur sur les ondes de Radio France Internationale (RFI), où il éclairait avec clarté les crises politiques et les mutations institutionnelles du continent.
Engagement politique et socialisme africain
Albert Bourgi ne fut pas un érudit désincarné. Tourné vers le progrès social, il s’inscrivit durablement dans le courant de la gauche démocratique, cherchant à articuler les principes juridiques avec les aspirations sociales des peuples africains. Il se lia d’amitié avec plusieurs dirigeants africains, notamment des figures de l’opposition avant leur accession au pouvoir, telles que Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire ou Alpha Condé en Guinée, et joua un rôle de conseiller discret mais influent sur les questions constitutionnelles de leurs pays.
Ces engagements, toujours teintés d’une exigence morale, le conduisirent à exprimer ses critiques même envers des dirigeants qu’il avait soutenus lorsqu’il estimait que leurs choix s’éloignaient des principes démocratiques. En 2020, il s’opposa ouvertement au projet de modification constitutionnelle pour un troisième mandat en Guinée, mettant en garde contre les risques que cela faisait courir à la stabilité institutionnelle.
Une œuvre intellectuelle et un héritage durable
La carrière d’Albert Bourgi fut celle d’un passeur : entre droit et politique, entre Europe et Afrique, entre théorie et pratique. Ses analyses ont contribué à faire avancer la compréhension des enjeux constitutionnels africains, tout en rappelant l’impératif d’un État de droit au service de tous, notamment des plus vulnérables.
Pour les générations de juristes, de politistes et d’acteurs publics qu’il a formées ou influencées, il laisse un héritage riche — celui d’un engagement intellectuel rigoureux doublé d’une profonde humanité. Sa disparition est une perte pour tous ceux qui croient que le droit doit être un outil de justice sociale et de progrès démocratique.

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