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Le FIPE-UEMOA place l’harmonisation fiscale et la la lutte contre la corruption au cœur de l’intégration régionale.

Réunis à Dakar dans le cadre du premier Forum International de la Presse Économique de l’Afrique de l’Ouest (FIPE-UEMOA), experts des finances publiques, responsables fiscaux et acteurs de la société civile ont souligné le rôle central de l’harmonisation fiscale, de la transparence et de la lutte contre la corruption dans la réussite de l’intégration économique régionale.

Intervenant lors d’un panel consacré à la gouvernance et aux politiques économiques régionales, Ndèye Nangho Dioum, Inspectrice des Impôts et des Domaines du Sénégal, a rappelé que la coordination des politiques fiscales constitue un pilier essentiel de tout espace économique intégré. Selon elle, l’harmonisation fiscale permet d’éviter une concurrence fiscale préjudiciable entre les États et de garantir des conditions équitables pour les entreprises au sein de l’UEMOA.

Elle a rappelé que le processus d’harmonisation fiscale de l’Union est engagé depuis la fin des années 1990, avec des réformes portant aussi bien sur la fiscalité indirecte que sur la fiscalité directe. L’objectif est notamment de renforcer la mobilisation des ressources intérieures tout en préservant l’attractivité économique des États membres.

Des progrès, mais des défis persistants

Malgré les avancées enregistrées, les intervenants ont relevé que les pays de l’Union restent encore en deçà de l’objectif communautaire de pression fiscale fixé à 20 %. Le Sénégal apparaît comme le pays le plus proche de cette cible avec un taux de 18,2 %, tandis que plusieurs États demeurent encore loin des standards communautaires.

Les experts ont également insisté sur la nécessité de renforcer la lutte contre l’évasion fiscale, les prix de transfert abusifs et les pratiques d’optimisation agressive utilisées par certaines multinationales. À cet égard, l’UEMOA et la CEDEAO ont adopté ces dernières années plusieurs instruments visant à faciliter les échanges d’informations fiscales et à lutter contre l’érosion des bases imposables.

Le Sénégal, un bon élève de l’intégration budgétaire

Inspecteur du Trésor, Modou Bèye a pour sa part mis en avant les efforts du Sénégal dans la transposition des directives communautaires. Selon lui, le pays figure parmi les meilleurs élèves de l’Union en matière d’intégration des normes budgétaires et fiscales.

Il a expliqué que la convergence des politiques économiques et budgétaires est indispensable pour assurer la stabilité macroéconomique de l’Union. Les retards dans la transposition des textes communautaires peuvent créer des disparités, réduire la visibilité des États sur leurs recettes et dépenses publiques et freiner l’efficacité des politiques régionales.

Modou Bèye a également insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de résilience de l’Union face aux chocs extérieurs, qu’ils soient sanitaires, climatiques ou énergétiques. Il a notamment plaidé pour la création d’un fonds régional de stabilisation afin d’aider les États à faire face aux crises futures tout en préservant la discipline budgétaire communautaire.

L’Inspecteur du Trésor a par ailleurs rappelé que l’attractivité d’un pays ne dépend pas uniquement de son niveau d’imposition. La stabilité des règles fiscales, la sécurité juridique, la qualité des institutions et la prévisibilité des politiques publiques constituent également des critères déterminants pour les investisseurs.

La corruption, un frein à l’attractivité économique

Président du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) du Burkina Faso, Pissyamba Ouédraogo a rappelé que les disparités réglementaires et les insuffisances des mécanismes de contrôle favorisent les pratiques de corruption et les flux financiers illicites.

Selon lui, la lutte contre la corruption ne peut reposer uniquement sur les institutions publiques. Elle nécessite également l’implication active de la société civile, des médias et des citoyens afin de renforcer la redevabilité et le contrôle de la gestion des ressources publiques.

L’expert a également souligné que la perception de la corruption influence directement les décisions d’investissement. Une gouvernance défaillante augmente les risques pour les investisseurs et réduit l’attractivité économique des pays concernés.

Un rôle stratégique pour les médias économiques

Les panélistes ont unanimement reconnu l’importance de la presse économique dans la promotion de la transparence et de la bonne gouvernance. En facilitant l’accès à l’information économique et budgétaire, les médias contribuent à éclairer le débat public et à renforcer le contrôle citoyen sur la gestion des finances publiques.

Au terme des échanges, les participants ont plaidé pour une accélération des réformes en matière de gouvernance économique, de transparence budgétaire et de coopération régionale afin de consolider l’intégration économique ouest-africaine et renforcer la résilience des États face aux chocs économiques, climatiques et sanitaires.

Source : Financial Afrika

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UMOA : la BCEAO alerte sur les risques inflationnistes liés aux tensions au Moyen-Orient.

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a mis en garde contre les conséquences économiques des tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient, qui pourraient raviver les pressions inflationnistes au sein de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) dans les prochains mois.

Cette alerte a été lancée mercredi à Dakar par le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, à l’ouverture de la deuxième session ordinaire du Comité de politique monétaire (CPM) de l’année 2026.

Si l’inflation demeure actuellement sous contrôle grâce à une campagne agricole favorable dans les pays de l’Union, la Banque centrale estime que l’environnement international reste particulièrement incertain et susceptible de peser sur les équilibres économiques régionaux.

La crise au Moyen-Orient pèse sur les marchés énergétiques

Pour le gouverneur de la BCEAO, les tensions géopolitiques observées depuis plusieurs mois au Moyen-Orient continuent de perturber les marchés mondiaux et les chaînes d’approvisionnement internationales.

« Plus de trois mois après, cette crise a déjà induit des pressions notables sur les prix des produits énergétiques et des perturbations des circuits d’approvisionnement, consécutives à la fermeture du détroit d’Ormuz », a-t-il déclaré.

Le détroit d’Ormuz constitue l’un des principaux corridors maritimes du commerce mondial des hydrocarbures. Toute perturbation de son fonctionnement a des répercussions directes sur les prix du pétrole, du gaz et du transport maritime à l’échelle internationale.

Dans les pays de l’UMOA, les premiers effets de cette situation se sont déjà manifestés à travers plusieurs ajustements à la hausse des prix des carburants enregistrés entre mars et mai 2026.

Une hausse des prix atténuée par les performances agricoles

Malgré ces tensions extérieures, l’inflation reste relativement contenue au sein de l’Union grâce à l’abondance de certaines productions agricoles.

Selon les données présentées par la BCEAO, le taux d’inflation s’est établi à -0,2 % au premier trimestre 2026, après -0,8 % au trimestre précédent.

Cette évolution traduit une stabilité globale des prix, largement soutenue par la bonne disponibilité des produits alimentaires sur les marchés régionaux.

Toutefois, Jean-Claude Kassi Brou estime que cette situation pourrait évoluer au cours des prochains mois.

« Pour le reste de l’année 2026, la dynamique haussière de l’inflation pourrait se poursuivre, soutenue par les effets négatifs de la crise au Moyen-Orient », a-t-il averti.

Une économie régionale qui conserve sa résilience

Malgré les incertitudes internationales, les économies de l’Union continuent d’afficher des performances relativement solides.

La croissance du produit intérieur brut (PIB) réel de l’UMOA a atteint 6,1 % au premier trimestre 2026, après 6,5 % enregistrés au trimestre précédent, confirmant le maintien d’un rythme d’expansion supérieur à la moyenne mondiale.

Les finances publiques poursuivent également leur amélioration progressive. Le déficit budgétaire global des États membres est ressorti à 4,1 % du PIB contre 4,3 % un an plus tôt, traduisant les efforts de consolidation budgétaire engagés dans plusieurs pays de l’Union.

Des exportations dynamiques soutiennent les comptes extérieurs

Le gouverneur de la BCEAO a également souligné l’amélioration continue de la situation extérieure de l’Union.

Cette évolution favorable est notamment portée par la progression des exportations d’or et d’hydrocarbures, ainsi que par les ressources mobilisées sur les marchés financiers par les États membres.

Cependant, la Banque centrale reste prudente. Une hausse prolongée des coûts énergétiques et logistiques pourrait dégrader les termes de l’échange et accroître la facture des importations dans les mois à venir.

Des conditions de financement plus favorables

Sur le plan monétaire, les conditions de financement se sont améliorées au premier trimestre 2026.

La liquidité bancaire s’est renforcée et les récentes mesures d’assouplissement prises par la BCEAO ont permis une détente progressive des taux d’intérêt.

Le taux à une semaine sur le marché interbancaire a ainsi reculé de 68 points de base pour s’établir à 4,26 %, favorisant un accès plus fluide au financement pour les banques et, indirectement, pour les acteurs économiques.

Des décisions attendues pour préserver la stabilité économique

Réunis à Dakar, les membres du Comité de politique monétaire examineront les dernières évolutions économiques et financières de l’Union afin de définir les orientations monétaires à venir.

Le rapport sur la politique monétaire, qui sera analysé au cours de cette session, servira de base aux décisions futures de la BCEAO dans un contexte marqué à la fois par la résilience des économies ouest-africaines et par les risques croissants liés aux tensions géopolitiques mondiales.

Pour l’institution monétaire régionale, l’enjeu consiste désormais à préserver la stabilité des prix tout en soutenant la dynamique de croissance qui continue de caractériser les économies de l’UMOA.

Colonel Assimi Goita 360x320

Sanctions contre le Mali : la Cour de justice de l’UEMOA tranche en faveur de Bamako.

Les mesures de 2022 jugées contraires au droit communautaire

La Cour de justice de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a annulé les sanctions économiques et financières imposées au Mali entre janvier et juillet 2022, estimant qu’elles avaient été prises en dehors du cadre juridique de l’organisation. Dans un arrêt rendu public le 29 janvier, la juridiction communautaire donne ainsi raison aux autorités de transition maliennes, qui dénonçaient depuis le départ le caractère « illégal » de ces mesures.

Les sanctions concernées — fermeture des frontières entre États membres, gel des avoirs financiers et suspension de certains échanges commerciaux — avaient été adoptées par l’UEMOA à la suite de décisions initialement prises par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Elles visaient à contraindre les autorités de transition à présenter et à respecter un calendrier de retour à l’ordre constitutionnel après les changements politiques intervenus à Bamako.

Une compétence strictement économique rappelée

Dans sa décision, la Cour rappelle avec insistance la nature et les limites du mandat de l’UEMOA. Organisation à vocation essentiellement économique et monétaire, l’Union n’a, selon la juridiction, ni compétence politique ni pouvoir de sanction dans des contextes liés à des changements de régime ou à des transitions institutionnelles. En endossant des décisions prises par la CEDEAO, l’UEMOA a donc outrepassé ses prérogatives, estime la Cour.

Plusieurs juristes ont salué la clarté de cette position. L’ancien ministre malien de la Justice, Mamadou Ismaïla Konaté, souligne que la CEDEAO et l’UEMOA relèvent de cadres juridiques distincts, avec des missions, des instruments et des champs d’action clairement différenciés. Selon lui, l’arrêt vient rappeler un principe fondamental de droit communautaire souvent mis à l’épreuve dans les périodes de crise politique régionale.

Un succès juridique et politique pour les autorités maliennes

Sur le plan politique, cette décision constitue une victoire symbolique et stratégique pour Bamako. Dès février 2022, les autorités de transition avaient engagé une contestation formelle des sanctions, très impopulaires au Mali en raison de leur impact sur l’économie et le quotidien des populations. La saisine de la Cour de justice de l’UEMOA s’inscrivait dans une démarche assumée de contestation sur le terrain du droit.

Mamadou Ismaïla Konaté relève toutefois que ce choix procédural relevait d’une stratégie juridique bien calculée. Selon lui, une action similaire portée devant la Cour de justice de la CEDEAO n’aurait probablement pas abouti au même résultat, compte tenu du rôle politique assumé par cette organisation dans la gestion des crises institutionnelles au sein de l’espace ouest-africain.

Un arrêt aux implications régionales

Au-delà du cas malien, cet arrêt pourrait faire jurisprudence et relancer le débat sur l’articulation des compétences entre les organisations d’intégration régionale en Afrique de l’Ouest. Il pose notamment la question de la coordination entre institutions économiques et politiques, ainsi que des limites à ne pas franchir en matière de sanctions communautaires. Autant d’enjeux susceptibles d’influencer, à l’avenir, la gestion des crises politiques dans la sous-région.