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Le Sénégal engage une dynamique structurée vers l’autosuffisance en blé

Le Sénégal amorce un tournant stratégique dans sa politique agricole. Longtemps dépendant des importations pour couvrir ses besoins en blé, le pays affiche désormais une ambition claire : produire localement une part significative de cette céréale essentielle à la consommation nationale.

Cette orientation a été réaffirmée par le chercheur Amadou Tidiane Sall, de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA), à l’occasion d’une visite de terrain dans la zone de Dagana, au nord du pays. L’information a été relayée par l’Agence de Presse Sénégalaise (APS).

Une dépendance structurelle coûteuse

Le blé constitue la deuxième céréale la plus consommée au Sénégal, derrière le riz. Pain, pâtes alimentaires, farine industrielle : la demande nationale est soutenue et en constante progression.

Pourtant, la production locale demeure marginale. Le pays importe chaque année plusieurs centaines de milliers de tonnes de blé, représentant une facture estimée à plus de 150 milliards de francs CFA. Cette dépendance expose l’économie nationale aux fluctuations des marchés internationaux, aux tensions géopolitiques et aux perturbations logistiques mondiales.

Dans un contexte marqué par la volatilité des prix et les crises d’approvisionnement, la question n’est plus seulement agricole : elle est stratégique.

Des expérimentations techniques encourageantes

Pour inverser la tendance, des essais de culture de blé sont en cours dans la vallée du fleuve Sénégal, notamment sur des périmètres irrigués. L’approche repose sur :

  • l’introduction de variétés adaptées aux conditions agroclimatiques locales,

  • la maîtrise de l’irrigation,

  • l’accompagnement technique des producteurs.

L’ISRA a déjà homologué plusieurs variétés de blé tendre et de blé dur adaptées au contexte sénégalais. Les premiers résultats sont jugés prometteurs, démontrant que, malgré un climat tropical, une production viable est envisageable sous irrigation contrôlée.

Il ne s’agit pas d’une expérimentation symbolique, mais d’une démarche structurée visant à tester la rentabilité, la productivité et la durabilité du modèle.

Enjeux économiques et souveraineté alimentaire

Au-delà de la performance agronomique, l’enjeu est double :

  1. Réduction du déficit commercial : substituer progressivement les importations par une production nationale.

  2. Renforcement de la souveraineté alimentaire : sécuriser l’approvisionnement en produits de base.

La stratégie s’inscrit dans une vision plus large de transformation agricole, où la recherche scientifique, les politiques publiques et l’investissement privé doivent converger.

Toutefois, atteindre l’autosuffisance complète à court terme reste un défi ambitieux. Les contraintes sont réelles : compétitivité face au blé importé, coûts de production, structuration de la filière, mécanisation, accès aux intrants et financement.

La réussite du projet dépendra donc d’une coordination rigoureuse entre l’État, les instituts de recherche, les producteurs et les industriels meuniers.

Une ambition réaliste, mais progressive

L’objectif affiché n’est pas une rupture brutale avec les importations, mais une montée en puissance progressive. L’expérience d’autres filières agricoles montre que la durabilité repose sur la planification, la discipline et la constance dans l’exécution.

Le Sénégal pose ainsi les bases d’une politique agricole plus résiliente, ancrée dans l’innovation locale et la valorisation de ses ressources hydriques.

Le chantier est exigeant. Mais il répond à une évidence économique : produire ce que l’on consomme renforce non seulement l’économie, mais aussi la souveraineté.

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Sénégal : le budget 2026 du ministère de l’Agriculture arrêté à 427 milliards FCFA en autorisations d’engagement.

Le projet de budget 2026 du ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage (MASAE) a été examiné et adopté ce mardi par la Commission des Finances et du Contrôle budgétaire, élargie à la Commission du Développement rural. Le document a été défendu devant les députés par le ministre Mabouba Diagne.

Selon la note présentée par le ministère, le budget 2026 est arrêté à 427 006 218 466 FCFA en autorisations d’engagement (AE) et 247 586 752 366 FCFA en crédits de paiement (CP).

Une hausse marquée des autorisations d’engagement

Comparé à la Loi de Finances Initiale (LFI) 2025, le budget du MASAE connaît une augmentation de 117 321 302 138 FCFA en AE, soit une progression de +37,88 %.

Selon le ministère, cette hausse s’explique principalement par :

  • la prévision de nouvelles conventions de financement,

  • l’arrivée de nouveaux projets et programmes,

  • le recours accru aux ressources extérieures pour soutenir le secteur agricole.

Cette dynamique traduit la volonté de renforcer les investissements structurants dans l’agriculture, un pilier central de la souveraineté alimentaire du pays.

Une baisse des crédits de paiement liée à la fin de plusieurs programmes

Contrairement aux AE, les crédits de paiement connaissent une baisse notable de 56 896 163 962 FCFA, soit –18,69 % par rapport à 2025.

Cette diminution s’explique, selon le ministère, par :

  • la clôture en 2025 de plusieurs projets arrivés à terme,

  • la réduction des dépenses liées à des programmes finalisés,

  • la réorientation budgétaire vers de nouvelles initiatives en phase de préparation.

Un budget pour relancer l’investissement agricole

Le projet de budget 2026 intervient dans un contexte où le Sénégal accélère ses efforts pour atteindre une souveraineté alimentaire durable. Le ministère ambitionne, à travers ce budget :

  • d’intensifier les investissements agricoles,

  • de soutenir l’élevage et les chaînes de valeur agroalimentaires,

  • de moderniser les outils et infrastructures de production,

  • et de dynamiser l’innovation dans le secteur, notamment via l’usage des technologies agricoles.

Une étape importante avant l’adoption finale

Après son examen en commission, le projet de budget 2026 du MASAE devra être soumis à la séance plénière de l’Assemblée nationale pour adoption définitive dans le cadre du vote global de la Loi de Finances 2026.

Avec cet arbitrage, le ministère confirme sa volonté de renforcer l’investissement agricole et d’adapter les dépenses aux priorités stratégiques du pays.

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Claudia Senghor : une pionnière de l’agriculture nouvelle génération dans le classement Forbes Afrique 30 Under 30.

À 28 ans, Claudia Senghor fait partie de cette jeunesse africaine qui bouscule les modèles traditionnels. À la tête d’Agrobabe, une initiative qui lie agriculture durable, éducation et innovation numérique, elle est aujourd’hui reconnue parmi les 30 jeunes Africains les plus influents selon Forbes Afrique.

Installée entre Dakar et Montréal, Claudia appartient à cette génération de femmes africaines qui repensent le rapport à la terre. Formée à l’Université Laval en agroéconomie et développement durable, elle allie rigueur scientifique, sens de la pédagogie et esprit entrepreneurial pour faire émerger un nouveau récit agricole.

Avec Agrobabe, elle accompagne les jeunes dans la création et la gestion de projets agricoles, tout en vulgarisant les bonnes pratiques pour un impact durable. Sur les réseaux sociaux, où elle rassemble une large communauté de plus de 350 000 abonnés sur Instagram, elle démocratise le savoir agricole à travers des formats accessibles, surtout pour les femmes et les jeunes en quête d’autonomie.

Son ouvrage Planifier et réussir son projet agricole connaît un grand succès : conçu comme un outil pratique, il rend concrets les défis du secteur à travers des conseils simples, des illustrations parlantes et une approche directement issue du terrain.

Militante d’une agriculture résiliente et inclusive, Claudia est également ambassadrice de la plateforme panafricaine MANSAAH. Elle œuvre pour redonner aux jeunes Africains la confiance nécessaire pour investir les espaces ruraux, convaincue que le changement passe aussi par des récits porteurs d’espoir : « Ce ne sont pas les terres qui manquent, mais les récits inspirants. »

Son parcours, à la croisée de l’action locale et de la vision continentale, incarne l’émergence d’une Afrique connectée, audacieuse et tournée vers un avenir durable.

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Sénégal : La suspension des exportations d’arachides fragilise la filière

La campagne arachidière 2024/2025 au Sénégal traverse une période difficile, plus de deux mois après la décision gouvernementale de suspendre les exportations. Cette mesure, destinée à protéger le marché local, génère des tensions tant chez les producteurs que chez les transformateurs.

La Sonacos, premier huilier du pays, fait face à des difficultés majeures. Selon le bulletin du service commercial N’kalô du 25 janvier, ses quatre établissements n’ont collecté que 76 424 tonnes d’arachides, bien loin de l’objectif fixé à 300 000 tonnes. Le prix plancher fixé par le gouvernement à 305 FCFA le kilogramme, contre 280 FCFA l’année précédente, complique la situation. L’entreprise doit débourser 335 FCFA le kilogramme auprès des opérateurs privés stockeurs (OPS), ce qui fragilise sa trésorerie et ralentit ses achats dans le bassin arachidier.

Les producteurs expriment leur mécontentement face à cette situation. Habitués à vendre leurs récoltes à l’export à des prix pouvant atteindre 500 FCFA le kilogramme, ils se retrouvent contraints de se tourner vers la Sonacos ou de céder leur production à des commerçants en dessous du prix plancher, entre 280 et 290 FCFA le kilogramme. Comme l’explique Cheikh Tidiane Cissé, Secrétaire général des agriculteurs du Bassin arachidier : « Nous espérions au moins 500 FCFA pour récompenser nos efforts, mais le Gouvernement nous a déçus. »

Les exportateurs, quant à eux, restent dans l’expectative. Bien que le gouvernement ait promis de nouvelles autorisations d’exportation une fois les huiliers locaux approvisionnés, la situation demeure bloquée. Le service N’kalô souligne l’urgence d’une « bonne réactivité des autorités » pour éviter des pertes importantes aux producteurs, d’autant que les capacités de transformation locales ne peuvent absorber que la moitié de la production nationale, estimée à un million de tonnes. Cette situation est d’autant plus regrettable que la demande chinoise s’intensifie, en raison d’une mauvaise récolte, poussant les importateurs à se tourner vers le Soudan et l’Inde.

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Transformation Agricole en Casamance : Un Partenariat Stratégique

Le Ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté Alimentaire et de l’Élevage (MASAE) vient de conclure un accord majeur avec Bonifiche Ferraresi International, traçant une nouvelle voie pour le développement agricole sénégalais.

Ce partenariat public-privé, soutenu par le Plan Mattei du gouvernement italien et intégré au Plan Diomaye, vise à métamorphoser la région de Sédhiou en un pôle agricole moderne et intégré. Sur un vaste domaine de 10 000 hectares, le projet ambitionne de révolutionner simultanément l’agriculture, l’élevage et la pisciculture.

L’enjeu est crucial : réduire drastiquement la dépendance alimentaire du Sénégal. Actuellement, le pays dépense annuellement 1070 milliards de FCFA en importations alimentaires, une hémorragie économique que ce projet entend endiguer.

Les retombées attendues sont multiples et prometteuses. Au-delà de la production agricole, le projet générera des milliers d’emplois pour les jeunes et les femmes, favorisera l’émergence de coopératives agricoles communautaires et développera des infrastructures socio-économiques structurantes.

« Un pays qui importe autant de nourriture, exporte des emplois », a déclaré le Ministre Dr Mabouba Diagne, martelant la nécessité d’une approche nouvelle de souveraineté alimentaire.

Le MASAE s’engage dans une stratégie ambitieuse à moyen et long terme, visant à atteindre une autosuffisance alimentaire durable. L’objectif est clair : construire une agriculture résiliente, source de prospérité nationale.

Cette initiative symbolise plus qu’un simple projet agricole. C’est une vision transformatrice pour un Sénégal maître de son destin alimentaire, économique et social.