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Mali : pénuries persistantes d’électricité et de carburant, Bamako face à la résignation.

Alors que les autorités de transition ont célébré, mercredi 14 janvier, la « journée de la souveraineté retrouvée », la réalité quotidienne demeure difficile pour de nombreux Maliens. À Bamako comme dans plusieurs régions du pays, l’accès à l’électricité et au carburant reste largement insuffisant, accentuant le sentiment de lassitude et de résignation au sein de la population.

Depuis septembre, l’approvisionnement énergétique du Mali est fortement perturbé par l’embargo imposé par les groupes armés affiliés au JNIM, qui ciblent notamment les axes d’importation du carburant. En réponse, les autorités ont renforcé les escortes militaires des convois stratégiques, permettant une reprise partielle des flux. Toutefois, cette amélioration reste fragile et irrégulière.

Dans la capitale, les stations-service sont souvent prises d’assaut, tandis que les coupures d’électricité se multiplient, affectant ménages, commerces et petites entreprises. Les groupes électrogènes tournent au ralenti, faute de carburant disponible ou accessible à un prix abordable. En région, la situation est jugée encore plus critique, avec des localités parfois privées d’énergie pendant plusieurs jours consécutifs.

Si les autorités assurent travailler à des solutions durables, notamment par la sécurisation des corridors logistiques et la diversification des sources d’approvisionnement, les effets tardent à se faire sentir. À Bamako, beaucoup d’habitants disent désormais s’adapter, contraints de revoir leurs habitudes et d’intégrer la pénurie comme une donnée permanente du quotidien.

Dans ce contexte, la célébration officielle de la souveraineté contraste fortement avec les réalités vécues par la population, pour qui l’accès stable à l’électricité et au carburant reste l’un des principaux défis économiques et sociaux du moment.

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Bamako : la pénurie de carburant perturbe durablement le trafic aérien.

Le trafic aérien connaît de fortes perturbations à l’aéroport international Modibo Keïta-Sénou de Bamako, en raison de difficultés persistantes d’approvisionnement en carburant. Plusieurs compagnies aériennes opérant sur la plateforme ont été contraintes d’annuler, de reporter ou de réaménager leurs vols, affectant aussi bien les liaisons régionales que certaines dessertes internationales.

Dans un communiqué publié le 10 janvier 2026, Air Burkina a annoncé des ajustements de son programme de vols à destination et au départ de Bamako et de Dakar. La compagnie a présenté ses excuses aux passagers concernés, tout en indiquant travailler à des solutions opérationnelles afin de rétablir progressivement ses rotations.

La situation touche également les transporteurs long-courriers. La compagnie française Corsair a dû modifier un vol reliant Bamako à Paris, en raison des contraintes logistiques liées à l’avitaillement. De son côté, la compagnie nationale Sky Mali a procédé à l’annulation de plusieurs vols intérieurs et régionaux, invoquant les mêmes difficultés d’approvisionnement en carburant aviation.

Considéré comme un hub stratégique du transport aérien malien, l’aéroport de Bamako subit de plein fouet cette situation, qui complique la planification des vols, perturbe la régularité des opérations et accroît l’incertitude pour les passagers comme pour les compagnies. Les autorités aéroportuaires et les opérateurs concernés n’ont, pour l’heure, communiqué aucun calendrier précis quant à un rétablissement complet de l’approvisionnement.

En attendant une normalisation de la situation, les compagnies aériennes appellent les voyageurs à se rapprocher de leurs services commerciaux afin de suivre l’évolution des programmes de vols et les éventuelles mesures de report ou de remboursement.

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Duel de corridors : Dakar-Bamako vs Dakar-Conakry, quel axe domine l’économie sous-régionale ?

Le Sénégal, de par sa position géographique de façade maritime, joue un rôle de pivot pour ses voisins enclavés ou en quête de diversification logistique. Si l’axe vers Bamako est historique, celui vers Conakry monte en puissance. Voici une comparaison de leurs performances et de leurs enjeux.

1. Dakar-Bamako : Le leader incontesté

Le corridor Dakar-Bamako n’est pas seulement une route, c’est une artère vitale. Avec une hausse de 15 % de ses exportations en 2026, il confirme son hégémonie.

  • Le volume : Environ 60 % à 70 % du commerce extérieur du Mali transite par le Sénégal. C’est un flux massif de camions (plus de 1 000 par jour) transportant du ciment, des hydrocarbures et des denrées alimentaires.

  • L’avantage : Une habitude de coopération douanière très ancrée et un port de Dakar (PAD) qui dispose de terminaux dédiés aux marchandises maliennes.

  • Le défi : La saturation de la route nationale et la nécessité de relancer le transport ferroviaire (Dakar-Bamako-Fervoir) pour réduire les coûts et l’usure des routes.

2. Dakar-Conakry : Le challenger en pleine mutation

Longtemps délaissé à cause de l’état des infrastructures, l’axe Dakar-Conakry connaît un renouveau grâce à la construction de la route transafricaine et des ponts stratégiques.

  • Le volume : Nettement inférieur à celui du Mali, mais en progression constante. Le commerce concerne surtout les produits agricoles, le commerce de détail et les matériaux de construction.

  • L’avantage : Un potentiel immense dans le cadre de la ZLECAF (Zone de Libre-Échange Continentale Africaine). La Guinée, riche en ressources minières, est un partenaire stratégique pour les industries sénégalaises de transformation.

  • Le défi : Des barrières administratives encore nombreuses et un relief plus accidenté qui complique le transport lourd par rapport aux plaines maliennes.

Critère Corridor Dakar-Bamako Corridor Dakar-Conakry
Statut Mature et dominant Émergeant et prometteur
Principaux flux Ciment, Pétrole, Engrais Agroalimentaire, Commerce de détail
Infrastructures Routes bitumées (en réfection), Rail (en projet) Route côtière (en amélioration)
Croissance 2026 +15 % +6 % (estimation)
Dépendance Vitale pour le Mali Complémentaire pour la Guinée

 

Conclusion : Une complémentarité nécessaire

Le Sénégal a tout intérêt à ne pas choisir entre ces deux axes. Alors que le corridor de Bamako assure une stabilité de revenus grâce au volume, l’axe de Conakry offre une opportunité de diversification pour ne pas dépendre d’un seul marché.

L’avenir de la logistique sénégalaise réside dans sa capacité à devenir un hub multimodal capable de desservir aussi bien le Sahel que l’Afrique côtière.

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Corridor Dakar–Bamako : une résilience commerciale éprouvée malgré la crise sécuritaire.

Malgré un contexte sécuritaire et logistique fortement dégradé au Mali en 2025, les échanges commerciaux avec le Sénégal ont fait preuve d’une relative résilience. Selon une analyse de la Direction des prévisions et des études économiques (DPEE), les exportations sénégalaises, notamment pétrolières, ont enregistré une hausse significative sur les dix premiers mois de l’année.

Des exportations pétrolières en forte progression

Les exportations de produits pétroliers vers le Mali ont progressé de 15,3 % entre janvier et octobre 2025. Cette dynamique a été particulièrement marquée en septembre et octobre, avec des hausses qualifiées de « spectaculaires » de 94 % et 105,6 %. Ces performances traduisent la solidité des relations commerciales entre les deux pays, en dépit des contraintes sécuritaires.

Un corridor stratégique sous pression

La crise malienne s’est intensifiée à partir de septembre 2025 avec l’instauration d’un blocus sur plusieurs axes routiers stratégiques de l’Ouest du pays, notamment dans les régions de Kayes et de Nioro-du-Sahel. Ces zones constituent des points de passage essentiels pour le transit des marchandises en provenance du port de Dakar vers Bamako.

Les attaques répétées contre les camions-citernes et la montée de l’insécurité fragilisent le corridor Dakar–Bamako, axe vital du commerce régional. Le Mali demeure toutefois le premier client du Sénégal, représentant 26,5 % des exportations totales en 2024, pour une valeur estimée à 802,8 milliards de francs CFA.

Un excédent commercial en recul, mais toujours élevé

À fin octobre 2025, le Sénégal affiche un excédent commercial de 660,7 milliards de francs CFA vis-à-vis du Mali. Ce solde reste élevé, bien qu’en recul de 11,7 milliards par rapport à la même période en 2024. Cette dégradation modérée illustre les tensions croissantes pesant sur les échanges bilatéraux.

Des pertes logistiques et des risques économiques majeurs

La DPEE souligne que la crise a entraîné un engorgement logistique important au port de Dakar, avec environ 120 conteneurs bloqués quotidiennement. Les pertes économiques sont estimées à près de 15 milliards de francs CFA par mois.

À moyen terme, la diversification des corridors maliens vers d’autres ports de la sous-région — Nouakchott, Conakry ou Lomé — pourrait réduire les exportations sénégalaises de produits pétroliers, de ciment hydraulique et de denrées alimentaires. Cette situation menacerait directement les activités de raffinage, les cimenteries, ainsi que les revenus de milliers de transporteurs et de commerçants des régions de transit.

Pressions sociales et enjeux sécuritaires transfrontaliers

Le rapport anticipe également un déplacement accru de populations maliennes vers le Sénégal, notamment dans les régions frontalières de Tambacounda, Bakel et Kédougou. Cet afflux exercerait une pression supplémentaire sur des infrastructures sociales déjà fragiles, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’eau et de l’assainissement.

Dans les centres urbains, en particulier à Dakar, cette dynamique pourrait accentuer la tension sur le marché immobilier et contribuer à la hausse des loyers. La DPEE alerte par ailleurs sur les risques sécuritaires liés à la porosité de la frontière sénégalo-malienne, longue de plus de 400 kilomètres, favorisant les infiltrations terroristes, les trafics illicites et la migration irrégulière via les côtes sénégalaises vers les îles Canaries.

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« Assimi Goïta a rendu sa fierté au peuple malien » : la diaspora, premier soutien de Bamako.

La transition malienne menée par le Colonel Assimi Goïta suscite un engouement particulier auprès d’une partie de la diaspora malienne. Sur les réseaux sociaux comme dans les manifestations publiques, nombreux sont ceux qui expriment leur attachement au discours souverainiste porté par le chef de l’État de transition.

Bien que leur nombre exact reste difficile à mesurer, ces soutiens forment une force visible et active. Ils se disent déçus par la classe politique traditionnelle, jugée incapable de répondre aux aspirations profondes du peuple, et voient en Assimi Goïta l’incarnation d’un renouveau.

Pour beaucoup, le dirigeant malien a su « rendre sa fierté au peuple », en affirmant une ligne politique axée sur la souveraineté nationale, l’indépendance de décision et la rupture avec certaines influences étrangères. Cette posture trouve un écho particulier au sein de la diaspora, souvent partagée entre la nostalgie de la terre natale et l’espoir d’un Mali plus fort sur la scène internationale.

Des associations, collectifs et pages militantes relayent ce soutien en organisant des débats, des campagnes en ligne et des mobilisations dans plusieurs capitales. Leur message est clair : la transition doit aboutir à un Mali souverain, uni et respecté.

Cependant, cette ferveur ne fait pas l’unanimité. Certains observateurs mettent en garde contre les risques d’un excès de culte de la personnalité et appellent à privilégier un débat ouvert autour des défis majeurs : sécurité, gouvernance et développement économique.

Reste que la diaspora apparaît aujourd’hui comme un pilier essentiel de la légitimité du pouvoir de Bamako. Entre espoirs et attentes, son rôle pourrait peser dans la consolidation du projet politique porté par Assimi Goïta.

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Premiers Jeux de la Confédération des États du Sahel : Bamako accueillera l’événement du 21 au 28 juin 2025.

Le ministère malien de la Jeunesse et des Sports a officiellement annoncé la tenue de la première édition des Jeux de la Confédération des États du Sahel (AES), prévue du 21 au 28 juin 2025 dans la capitale malienne, Bamako. Cette initiative marque une étape majeure dans la consolidation des liens entre les pays membres de l’AES — le Mali, le Burkina Faso et le Niger — et incarne une volonté commune de promouvoir l’intégration régionale à travers le sport.

Organisés sous le thème « Unis par le sport, solidaires pour l’avenir », ces Jeux réuniront des centaines d’athlètes issus des trois pays membres autour de disciplines sportives variées, allant de l’athlétisme au football, en passant par la lutte traditionnelle, le judo, le basketball ou encore les sports paralympiques.

Selon le ministre malien des Sports, Abdoulaye Diop, ces jeux sont « une occasion de célébrer la fraternité sahélienne, de valoriser la jeunesse et de démontrer que l’unité peut aussi s’exprimer par la performance, la discipline et le respect des valeurs sportives ».

Un événement à portée politique et culturelle

Au-delà de la compétition, les Jeux de l’AES se veulent un symbole d’unité et de résilience, dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires, politiques et économiques. Ils offriront également une vitrine culturelle à travers des soirées artistiques, des expositions artisanales et des échanges entre jeunes.

Les autorités maliennes ont indiqué que d’importantes dispositions logistiques et sécuritaires ont été prises pour garantir le bon déroulement de l’événement, avec le soutien des ministères de l’intérieur, de la culture et des affaires étrangères, ainsi que des comités olympiques nationaux.

L’ouverture officielle est prévue le 21 juin au Stade du 26 Mars de Bamako, avec une cérémonie haute en couleurs à laquelle prendront part les chefs d’État ou représentants des pays membres.

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Confédération des États du Sahel : vers une justice unifiée au service de la souveraineté et du développement.

La Confédération des États du Sahel (AES) franchit une étape décisive dans sa construction institutionnelle. Les 29 et 30 mai 2025, Bamako a accueilli la toute première réunion des ministres en charge de la Justice et des Droits de l’Homme du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Cette rencontre marque le lancement officiel d’un processus de mutualisation des systèmes juridiques et judiciaires des trois États membres, avec pour objectif de bâtir une justice souveraine, moderne et adaptée aux réalités sécuritaires et sociales de la région sahélienne.

Un plan d’action ambitieux a été adopté à l’issue des travaux. Il prévoit la mise en place d’instances juridictionnelles et arbitrales confédérales compétentes pour statuer sur les litiges liés au Traité constitutif de l’AES, aux affaires commerciales, ainsi qu’aux infractions graves telles que le terrorisme, le blanchiment d’argent et la criminalité transnationale. En attendant leur mise en service, les États s’engagent à renforcer l’usage des mécanismes nationaux et internationaux pour la poursuite des auteurs de crimes graves. Par ailleurs, une attention particulière a été portée à l’harmonisation des lois, des statuts des professionnels de justice, et au renforcement de la coopération judiciaire à travers des accords tripartites d’entraide, d’extradition et de transfèrement de détenus.

La dimension technologique est également au cœur de cette réforme, avec la création annoncée d’une plateforme numérique de partage de données judiciaires et d’un fichier régional des personnes recherchées ou condamnées pour des infractions majeures. Sur le plan pénitentiaire, les ministres ont convenu de dispositifs conjoints pour sécuriser les établissements, prévenir la radicalisation et encourager la réinsertion. Deux centres régionaux de formation – judiciaire et pénitentiaire – seront mis sur pied pour uniformiser les pratiques et élever le niveau de compétence des acteurs concernés.

La Confédération affirme ainsi son ambition de faire émerger un espace de justice intégré, garant des droits fondamentaux et vecteur de stabilité et de développement. Reçus en audience au Palais de Koulouba par le Président de la Transition et de la Confédération, les ministres ont présenté les conclusions des travaux et recueilli des orientations stratégiques pour poursuivre cette dynamique fondatrice. Tous ont salué la qualité des échanges et réaffirmé leur engagement à construire une justice confédérale forte, au service des peuples du Sahel.