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Africa Forward 2026 : les patronats africains et français appellent à un nouveau pacte économique stratégique.

À Nairobi, au Kenya, le Sommet Africa Forward 2026 aura marqué une étape importante dans la redéfinition des relations économiques entre l’Afrique et la France. Réunis du 11 au 13 mai, plusieurs grands acteurs du secteur privé africain et européen ont signé une déclaration conjointe ambitieuse appelant à une transformation profonde du partenariat économique entre les deux espaces.

Le texte a été porté par Business Africa, le MEDEF International, la Kenya Private Sector Alliance ainsi que l’Alliance des Patronats Francophones.

Au-delà des intentions diplomatiques, cette déclaration dessine les contours d’un nouveau modèle de coopération fondé sur l’investissement productif, la co-industrialisation et le développement des chaînes de valeur locales. Pour le Sénégal, engagé dans une dynamique de transformation structurelle à travers le Plan Sénégal 2050, cette initiative intervient dans un contexte particulièrement stratégique.

Vers la fin d’un modèle de coopération déséquilibré

Les signataires plaident pour une rupture avec les anciennes logiques de coopération centrées sur les aides fragmentées et les flux financiers dispersés. Ils défendent désormais un modèle davantage orienté vers des investissements structurants capables de soutenir durablement la transformation économique du continent.

La déclaration fait de l’investissement productif un levier central pour renforcer la souveraineté industrielle africaine, stimuler la création d’emplois et accélérer l’industrialisation locale.

Cette orientation résonne particulièrement au Sénégal, alors que le pays entre dans une nouvelle phase économique portée par l’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières. Depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko, les questions liées à la souveraineté économique, à la transformation locale et à la maîtrise des ressources stratégiques occupent une place centrale dans le débat public.

Des secteurs stratégiques ciblés pour accélérer l’industrialisation

Le document identifie plusieurs filières prioritaires appelées à bénéficier de futurs fonds franco-africains conjoints. Parmi elles figurent l’agro-industrie, la transformation minière, les énergies, la santé, le numérique, la mobilité, les industries culturelles ainsi que les infrastructures.

Les organisations signataires plaident notamment pour l’identification concertée de chaînes de valeur prioritaires et pour la création de fonds sectoriels capables de financer l’ensemble des étapes de production, depuis l’amont jusqu’à la distribution.

Pour le Sénégal, les perspectives apparaissent nombreuses. Ces mécanismes pourraient favoriser le développement de projets dans la transformation agricole au sein du bassin arachidier, dans les énergies renouvelables à Thiès ou Saint-Louis, mais également dans les infrastructures numériques autour du projet Dakar Digital City.

La « blended finance », nouvelle piste pour financer les PME africaines

Parmi les propositions les plus concrètes figure la généralisation de la « blended finance », un mécanisme de financement mixte associant subventions publiques, prêts concessionnels, garanties financières et capitaux privés.

La déclaration appelle également à la création d’un guichet unique franco-africain dédié à l’ingénierie financière afin d’aider les PME africaines à structurer des projets bancables.

Dans un pays comme le Sénégal, où de nombreuses petites et moyennes entreprises peinent à accéder au crédit faute de garanties suffisantes, cette approche pourrait constituer un levier important de soutien au secteur privé.

Les signataires demandent par ailleurs aux bailleurs internationaux de prendre davantage de risques financiers pour accompagner les projets africains, dans une critique implicite des approches jugées trop prudentes des institutions de financement du développement.

Un appel direct aux États africains sur le climat des affaires

La déclaration interpelle également les gouvernements africains sur la nécessité d’améliorer l’environnement des investissements.

Les patronats réclament davantage de stabilité réglementaire et fiscale, ainsi qu’un renforcement de la sécurité juridique des investisseurs privés et des contrats public-privé.

Autre proposition phare : la création d’une « carte digitale d’affaires » destinée à faciliter la mobilité des entrepreneurs africains et français. Cette mesure vise notamment à réduire les difficultés administratives et consulaires qui freinent souvent les déplacements professionnels entre les deux continents.

Jeunesse, formation et entrepreneuriat au centre des priorités

La question démographique occupe une place importante dans cette feuille de route économique. Les signataires considèrent le développement des compétences et l’emploi des jeunes comme des enjeux majeurs pour la stabilité et la croissance du continent.

Dans cette perspective, ils proposent la création de campus sectoriels franco-africains spécialisés dans les métiers de l’énergie, du numérique, de l’agro-industrie et des infrastructures.

Le texte prévoit également un accompagnement renforcé en faveur de l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes à travers des dispositifs ciblés de financement et de formation.

Pour le Sénégal, dont plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, ces orientations rejoignent directement les priorités affichées par les autorités en matière d’emploi et d’insertion économique.

Un label « Co-produit Afrique-France » pour valoriser les projets communs

Afin d’incarner ce nouveau partenariat économique, les organisations signataires proposent la création d’un label « Co-produit Afrique-France ».

Ce label aurait pour vocation de valoriser les projets intégrant le co-investissement, le contenu local, le transfert de compétences et la formation.

Dans un contexte de demande croissante pour des produits traçables et à forte valeur éthique sur les marchés internationaux, cette initiative pourrait offrir de nouvelles opportunités aux entreprises sénégalaises désireuses de renforcer leur présence à l’export.

Une feuille de route appelée à être suivie de près

Contrairement à de nombreuses déclarations d’intention restées sans suite, le texte prévoit la mise en place d’un comité de suivi franco-africain associant acteurs publics et privés afin d’assurer la mise en œuvre concrète des engagements pris à Nairobi.

Une étude d’impact annuelle devrait également être publiée afin d’évaluer les investissements mobilisés, les emplois créés, les volumes de co-investissements et les transferts de technologies réalisés.

La déclaration a été signée par Baidy Agne, Ahmed Cissé, Carole Kariuki et Philippe Labonne.

Cette initiative s’inscrit dans la continuité de la déclaration de Luanda adoptée lors du sommet Union européenne – Union africaine de novembre 2024. Pour le Sénégal, l’enjeu sera désormais de transformer ces ambitions en investissements concrets et en projets structurants capables d’avoir un impact réel sur l’économie nationale.