Au Niger, le mouvement M62, fervent soutien du régime militaire en place depuis le coup d’État de juillet 2023, vient d’annoncer la création d’une milice civile baptisée « Garkouwar Kassa », littéralement « les volontaires pour la patrie ». Cette initiative vise à appuyer les forces de défense et de sécurité dans leur lutte contre le terrorisme et les menaces pesant sur l’intégrité du pays.
Une milice au nom de la souveraineté nationale
Le M62, dirigé par Abdoulaye Seydou (actuellement incarcéré), s’est illustré ces dernières années par son engagement en faveur de la rupture avec la France et les anciennes puissances coloniales. Ce mouvement est devenu une figure centrale du soutien populaire au CNSP (Conseil national pour la sauvegarde de la patrie), l’organe militaire qui gouverne le pays depuis la destitution du président Mohamed Bazoum.
Avec la création de « Garkouwar Kassa », le M62 franchit un nouveau cap : celui de la mobilisation citoyenne armée. Le mouvement affirme vouloir recruter, former et équiper des civils prêts à défendre le territoire national aux côtés de l’armée nigérienne.
Une initiative controversée
Si le M62 présente cette milice comme un moyen d’impliquer la population dans la lutte contre l’insécurité, de nombreux observateurs s’interrogent sur les dérives potentielles d’une telle démarche.
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Risque de confusion des rôles : la coexistence de forces régulières et de milices civiles peut nuire à la chaîne de commandement.
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Encadrement juridique flou : aucune loi n’encadre pour l’instant la formation et l’armement de ces groupes.
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Risque de milicianisation du pouvoir : certains craignent que ces structures soient instrumentalisées à des fins politiques ou de répression.
Une stratégie inspirée du modèle burkinabè ?
Cette initiative s’inscrit dans une tendance régionale. Le Burkina Faso, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, a mis en place les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), une milice civile soutenant les forces armées dans la lutte contre les groupes armés. Le Niger semble suivre cette logique d’engagement citoyen militarisé pour combler les failles sécuritaires.
Un signal fort de soutien au régime militaire
La création de « Garkouwar Kassa » intervient dans un contexte de tensions persistantes entre le Niger et la communauté internationale, notamment la CEDEAO et la France. Elle reflète aussi une volonté de s’autonomiser dans la gestion sécuritaire du pays, sans dépendance extérieure.
Le gouvernement militaire n’a pour l’instant ni validé ni désavoué publiquement cette initiative du M62. Mais son silence pourrait être interprété comme un feu vert tacite, voire une collaboration discrète.
En résumé
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Le mouvement M62 lance une milice civile nommée Garkouwar Kassa pour soutenir les forces de sécurité nigériennes.
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Objectif : lutter contre l’insécurité et affirmer la souveraineté nationale.
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L’initiative suscite des inquiétudes sur les risques de dérives et l’absence de cadre légal.
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Elle s’inscrit dans une dynamique régionale de militarisation populaire, déjà vue au Burkina Faso.

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