Sénégal : Ousmane Sonko ferme la porte à une restructuration de la dette avec le FMI.

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Alors que la question de l’endettement public occupe une place centrale dans le débat économique au Sénégal, le Premier ministre Ousmane Sonko a clairement rejeté l’option d’une restructuration de la dette proposée par le Fonds monétaire international. Une position ferme, assumée publiquement, malgré un niveau d’endettement estimé à environ 132 % du produit intérieur brut (PIB).

Selon le chef du gouvernement, accepter une restructuration aujourd’hui reviendrait à fragiliser la crédibilité financière du pays et à remettre en cause les efforts engagés pour restaurer la discipline budgétaire. « Restructurer maintenant serait décrédibiliser les sacrifices consentis », estime-t-il, privilégiant une gestion rigoureuse et souveraine de la dette plutôt qu’un rééchelonnement négocié avec les bailleurs internationaux.

Le FMI prône un allègement, Dakar invoque la crédibilité

Du côté du FMI, les experts défendent une approche plus pragmatique. Face au poids croissant du service de la dette, l’institution de Washington recommande une restructuration partielle, incluant notamment une suspension temporaire des échéances de remboursement. Objectif : dégager des marges budgétaires pour financer les priorités sociales et économiques, sans compromettre la stabilité macroéconomique.

Mais à Dakar, cette option est perçue comme un signal négatif envoyé aux marchés financiers et aux partenaires internationaux. Le gouvernement redoute une dégradation de la notation souveraine du Sénégal et un renchérissement du coût des futurs emprunts.

Un pari risqué mais assumé

Pour Serigne Moussa Dia, économiste et enseignant à l’Université Alioune Diop de Bambey, le refus du gouvernement s’inscrit dans une logique politique autant qu’économique. Interrogé par le journaliste Christophe Boisbouvier, il souligne que cette posture vise à préserver la souveraineté budgétaire du pays, tout en maintenant la confiance des investisseurs.

Toutefois, l’économiste rappelle que cette stratégie suppose une croissance soutenue, une amélioration rapide des recettes fiscales et une maîtrise stricte des dépenses publiques. Sans ces leviers, la marge de manœuvre du gouvernement pourrait se réduire considérablement.

Entre souveraineté et contraintes financières

En refusant la restructuration de la dette, le Sénégal fait le choix d’un cap exigeant, dans un contexte économique régional et international incertain. Reste à savoir si cette ligne de fermeté pourra être maintenue durablement face aux pressions financières et aux attentes sociales, ou si un compromis avec les institutions internationales deviendra, à terme, inévitable.