Après plusieurs mois de tensions et d’incertitudes dans le secteur minier guinéen, les autorités de Conakry et le groupe émirati Emirates Global Aluminium (EGA) ont finalement trouvé un terrain d’entente. Le gouvernement guinéen, EGA et sa filiale Guinea Alumina Corporation (GAC) ont annoncé, le 6 mai 2026, la conclusion d’un accord à l’amiable mettant officiellement fin au différend né autour de l’exploitation de la bauxite en Guinée.
Cette entente marque la clôture d’un contentieux de plus de 18 mois ayant conduit, en 2025, au retrait de la concession exploitée par GAC et à son transfert à la société publique Nimba Mining Company (NMC).
Un compromis financier pour éviter une longue bataille judiciaire
Selon les termes de l’accord, l’État guinéen versera une compensation forfaitaire à GAC en contrepartie du transfert des actifs miniers à NMC intervenu en août 2025. Les négociations ont été menées sous l’égide du bâtonnier en exercice de l’Ordre des avocats de Paris.
L’arrangement couvre également la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), dont l’État guinéen détient 49 % du capital. Durant le conflit, la CBG avait suspendu ses livraisons de bauxite à EGA, accentuant les tensions entre les différentes parties.
Cette solution négociée permet ainsi d’éviter une procédure d’arbitrage international qui aurait pu s’étendre sur plusieurs années et fragiliser davantage le climat des investissements dans le secteur minier guinéen.
À l’origine du conflit : la transformation locale de la bauxite
Le différend trouve son origine dans les nouvelles orientations stratégiques adoptées par les autorités guinéennes à partir de 2024. Soucieux de renforcer la transformation locale des ressources minières, le gouvernement avait accentué la pression sur les compagnies exportatrices de bauxite afin qu’elles s’engagent dans la construction de raffineries d’alumine sur le territoire national.
Dans ce contexte, les exportations de GAC avaient été suspendues à la mi-2024, provoquant une montée progressive des tensions avec EGA.
En juillet 2025, le groupe émirati avait officiellement résilié sa convention de base avec l’État guinéen avant d’annoncer une dépréciation totale de la valeur comptable de GAC, estimée à environ 680 millions de dollars.
Le retrait définitif de la concession et son transfert à Nimba Mining Company avaient ensuite alimenté les spéculations autour d’un possible recours judiciaire international contre la Guinée.
Des intérêts stratégiques étroitement liés
Malgré le différend, les deux parties demeurent fortement interdépendantes. EGA reste largement tributaire de la bauxite guinéenne pour alimenter sa raffinerie d’alumine d’Al Taweelah, aux Émirats arabes unis.
Pour la Guinée, premier exportateur mondial de bauxite, la stabilité des partenariats internationaux demeure également essentielle dans un secteur stratégique pour les recettes publiques et les investissements étrangers.
« Les intérêts sont convergents : EGA a besoin de la bauxite guinéenne pour alimenter sa raffinerie à Abu Dhabi, et la Guinée a tout intérêt à sécuriser des partenariats équilibrés et durables », a expliqué Patrice L’Huillier, directeur général de Nimba Mining Company, dans une déclaration relayée par des médias spécialisés.
D’autres contentieux miniers toujours en cours
Si cet accord permet de tourner une page importante du différend entre Conakry et EGA, plusieurs dossiers restent encore pendants devant les juridictions internationales.
La société émiratie Axis Minerals réclame actuellement près de 28,9 milliards de dollars devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), après le retrait de son permis de bauxite à Boffa.
De son côté, l’entreprise canadienne Falcon Energy Materials a également engagé une procédure de 100 millions de dollars concernant l’annulation de son projet de graphite à Lola.
Ces différents contentieux illustrent les tensions qui accompagnent la nouvelle politique minière guinéenne, orientée vers une plus grande souveraineté économique et une meilleure valorisation locale des ressources naturelles.
Dans ce contexte, l’accord conclu avec EGA apparaît comme un signal d’apaisement, mais aussi comme un test important pour la capacité de la Guinée à concilier fermeté stratégique, attractivité des investissements et stabilité juridique dans l’un des secteurs les plus sensibles de son économie.

Burkina Faso
Cameroun
Gambie
Guinée
Mali
Mauritanie
Niger
Nigéria
Sénégal
Tchad

