Dans un contexte de redynamisation du secteur pétrolier en Côte d’Ivoire, comment évaluez-vous aujourd’hui le positionnement des acteurs locaux dans la chaîne de valeur, et quelles sont, selon vous, les principales marges de progression ?
Il est important de rappeler que la Côte d’Ivoire attire aujourd’hui de nombreux investisseurs grâce aux importantes découvertes pétrolières réalisées ces dernières années. Le pays bénéficie également d’un environnement économique et politique relativement stable, favorable aux affaires.
Toutefois, notre industrie pétrolière est encore en phase de construction. Historiquement, le secteur a été dominé par des acteurs internationaux, en raison des besoins considérables en capitaux, en technologies et en expertise.
La Côte d’Ivoire a néanmoins pris les devants en adoptant très tôt une loi sur le contenu local. Cette réglementation vise à permettre aux entreprises ivoiriennes de bénéficier des retombées économiques générées par l’exploitation des ressources pétrolières.
L’un des aspects les plus intéressants de cette démarche est qu’elle a été élaborée en concertation avec les acteurs privés. Les entreprises locales ont pu identifier les activités qu’elles étaient capables d’exécuter et contribuer ainsi à la définition des différentes catégories d’activités.
Aujourd’hui, certaines activités sont exclusivement réservées aux entreprises nationales, tandis que d’autres nécessitent encore des partenariats avec des sociétés internationales. À mesure que les entreprises ivoiriennes gagneront en expérience et en compétences, de nouvelles activités pourront progressivement leur être confiées.
C’est dans cette logique qu’a été créé le GESPETROGAZ-CI, le Groupement des entreprises de services pétroliers et gaziers de Côte d’Ivoire, qui joue un rôle d’interface entre les entreprises locales et les autorités publiques.
La marge de progression reste considérable, d’autant plus que la Côte d’Ivoire a eu l’avantage d’anticiper ces enjeux avant même l’accélération des découvertes majeures.
À l’échelle africaine, le développement de l’industrie pétrolière reste fortement dépendant des acteurs internationaux. Comment les pays africains peuvent-ils mieux capter la valeur issue de leurs ressources pétrolières ?
Le secteur pétrolier est, par nature, extrêmement capitalistique. Or, l’un des principaux défis de l’Afrique demeure l’accès au financement.
Certains pays ont réussi à développer de véritables champions nationaux, notamment le Nigeria, l’Angola ou encore l’Algérie. Nous devons nous inspirer de ces expériences et favoriser davantage la coopération entre pays africains.
Lorsque nous parlons de coopération, il ne s’agit pas uniquement des États. Les acteurs privés doivent également intensifier leurs échanges afin de partager les bonnes pratiques, les technologies et les opportunités d’affaires.
C’est dans cet esprit que nous avons lancé une plateforme panafricaine permettant d’interconnecter les entreprises de services pétroliers du continent. Cette initiative facilite le partage d’informations sur les appels d’offres, les innovations et les opportunités de partenariat.
Nous avons été agréablement surpris par le niveau de compétence de nombreux acteurs africains rencontrés, du Mozambique à l’Algérie. Il existe déjà de véritables champions africains qu’il faut davantage valoriser.
L’autre enjeu majeur concerne le financement. Nous attendons beaucoup de la future Banque africaine de l’énergie, ainsi que de la capacité des institutions financières africaines à développer des solutions adaptées aux besoins du secteur.
Dans un contexte où les financements internationaux se raréfient pour les projets liés aux hydrocarbures, les banques africaines doivent innover afin de soutenir une industrie qui demeure essentielle au développement économique du continent.
En tant que président du GESPETROGAZ-CI, quels sont les principaux obstacles que rencontrent les entreprises ivoiriennes du secteur pétrolier ?
Le premier défi reste incontestablement l’accès au capital.
Il ne s’agit pas seulement de l’accès au crédit, mais également du coût du financement. Les entreprises africaines sont souvent en concurrence avec des groupes internationaux qui bénéficient de conditions de financement beaucoup plus avantageuses.
Lorsque deux entreprises achètent les mêmes équipements auprès des mêmes fournisseurs, mais que l’une emprunte à 15 % et l’autre à 4 %, l’écart de compétitivité est considérable dès le départ.
Les entreprises locales sont également confrontées à des avances de démarrage insuffisantes, à des délais de paiement particulièrement longs et à des appels d’offres souvent trop vastes pour être accessibles à des PME nationales.
À cela s’ajoute la question du capital humain. Même si la Côte d’Ivoire dispose de nombreux talents, le secteur souffre encore d’un déficit de compétences spécialisées. Les besoins en formation restent importants pour accompagner la croissance rapide de l’industrie.
Enfin, la structuration des entreprises constitue un enjeu essentiel. Le GESPETROGAZ-CI accompagne ses membres dans l’amélioration de leur gouvernance, de leur organisation et de leurs pratiques contractuelles.
Nous constatons régulièrement que certaines entreprises perdent de la valeur faute d’une bonne négociation de leurs contrats. Le renforcement des capacités managériales et juridiques est donc un facteur clé de compétitivité.
Vous êtes engagé sur les questions de contenu local en Côte d’Ivoire. Quelle est votre vision pour le développement du contenu local en Afrique ?
Notre vision repose avant tout sur une meilleure coopération entre les acteurs privés africains.
Les États dialoguent déjà entre eux, ce qui est positif. Mais le secteur privé doit également se connecter davantage afin de créer des synergies concrètes.
C’est dans cette perspective que nous avons lancé l’initiative Rising African Content, qui rassemble des entrepreneurs issus de plusieurs pays producteurs de pétrole. Cette plateforme permet aux entreprises africaines de partager leurs expériences, leurs opportunités d’affaires et leurs compétences.
L’objectif est simple : lorsqu’un opérateur recherche une expertise, son premier réflexe devrait être de vérifier si cette compétence existe déjà en Afrique avant de se tourner vers l’extérieur.
Nous plaidons également pour l’introduction d’un principe de « préférence africaine » dans les législations sur le contenu local. Concrètement, lorsqu’aucune entreprise nationale n’est en mesure de répondre à un besoin donné, la priorité devrait être accordée à une entreprise africaine avant d’envisager le recours à un prestataire hors du continent.
Cette approche permettrait d’accélérer l’intégration économique africaine et de renforcer la capacité des entreprises du continent à capter une part plus importante de la valeur créée par l’exploitation de leurs ressources naturelles.
Propos recueillis par Daniel DJAGOUE
Source : www.financialafrik.com

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