
UEMOA : la BCEAO alerte sur l’accélération de l’inflation dans un contexte géopolitique incertain.
La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) surveille de près la remontée de l’inflation dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), sur fond de tensions géopolitiques au Moyen-Orient et de perturbations des marchés de l’énergie.
À l’ouverture, mercredi, de la troisième session ordinaire de 2026 du Comité de politique monétaire (CPM), le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, a souligné la persistance de fortes incertitudes sur l’environnement économique international.
L’inflation repart à la hausse
Les données présentées lors de la réunion montrent une accélération progressive de l’inflation dans l’Union. Après -0,2 % au premier trimestre 2026, elle est passée à 0,4 % au deuxième trimestre, avant d’atteindre 1,2 % en juillet puis 1,7 % en août, en glissement annuel.
Cette évolution est principalement liée à l’augmentation des coûts du transport et du logement, ainsi qu’à la hausse de plusieurs produits alimentaires, notamment la viande, le poisson et les légumes.
La BCEAO anticipe par ailleurs le maintien de pressions sur les prix dans les prochains mois, notamment en raison des conséquences des tensions au Moyen-Orient sur les marchés énergétiques et les chaînes d’approvisionnement.
Le carburant, principal canal de transmission du choc énergétique
Les répercussions du contexte international commencent déjà à se faire sentir dans les économies de l’UEMOA. Selon le gouverneur, sept des huit pays membres ont procédé à une hausse des prix des carburants.
Cette situation fait craindre une propagation du renchérissement de l’énergie à d’autres secteurs, avec des conséquences potentielles sur les coûts de production, le transport et, par ricochet, les prix à la consommation.
À l’échelle mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) a également revu à la baisse ses perspectives de croissance pour 2026, désormais attendue à 3 %, contre 3,1 % dans ses prévisions d’avril. L’inflation mondiale devrait, quant à elle, atteindre 4,7 %, contre 4,1 % en 2025.
Un contexte qui complique la politique monétaire
Cette remontée de l’inflation intervient alors que la BCEAO avait commencé à assouplir sa politique monétaire en mars 2026, avec une réduction de 25 points de base de ses taux directeurs.
Au deuxième trimestre, les conditions de financement sur le marché monétaire se sont globalement améliorées. La liquidité bancaire est restée confortable et la baisse des taux directeurs a contribué à soutenir le financement de l’économie.
Les crédits accordés au secteur privé ont ainsi progressé de 6,6 % à fin juin 2026, après une hausse de 6 % à fin mars.
La banque centrale doit désormais trouver un équilibre entre le soutien à l’activité économique et la maîtrise des tensions inflationnistes.
Le déficit budgétaire reste sous surveillance
Sur le plan des finances publiques, le déficit global des États membres de l’UEMOA s’est établi à 3,4 % du PIB au premier semestre 2026, contre 3,2 % sur la même période un an auparavant.
La prévision annuelle a également été revue à la hausse par rapport aux estimations de juin. Cette évolution s’explique notamment par les mesures prises par plusieurs États pour limiter les conséquences économiques et sociales de la crise au Moyen-Orient sur les populations.
Les comptes extérieurs de l’Union sont restés globalement stables au deuxième trimestre. La BCEAO prévoit cependant une évolution moins favorable sur l’ensemble de l’année, notamment en raison d’une possible dégradation des termes de l’échange liée aux tensions géopolitiques.
Le CPM doit arrêter ses prochaines orientations
Au cours de cette session, le Comité de politique monétaire doit notamment examiner le rapport consacré à la politique monétaire dans l’UEMOA. Le document analyse l’évolution de la conjoncture internationale et régionale, les perspectives économiques à court terme ainsi que les principaux risques pesant sur l’Union.
Les membres du Comité devront également examiner les propositions de mesures de politique monétaire formulées à partir de ces analyses.
D’autres sujets sont prévus à l’ordre du jour, notamment le rapport sur le rapatriement des recettes d’exportation et la situation du système bancaire à fin juin 2026.
Pour la BCEAO, le principal défi consiste désormais à préserver les conditions favorables au financement des économies de l’Union tout en empêchant la remontée de l’inflation de compromettre les équilibres macroéconomiques. Le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou a déclaré le quorum atteint et officiellement ouvert les travaux du Comité.

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