En marge des gigantesques investissements miniers, Conakry accélère sa transition économique. Le gouvernement a officiellement lancé le volet agricole du programme « Simandou 2040 ». Un projet titanesque de 18 milliards de dollars destiné à bâtir l’autosuffisance et à transformer la Guinée en puissance agro-industrielle d’ici quinze ans.
C’est un tournant stratégique majeur pour la République de Guinée. Le vendredi 5 juin 2026, le chapiteau du Palais du Peuple à Conakry a abrité la cérémonie officielle de lancement du Pilier 1 (Agriculture) du programme national « Simandou 2040 ». L’événement, qui a réuni des membres du gouvernement, le Comité stratégique Simandou et la direction du Guinea Development Board, jette les bases d’une économie post-mineure résiliente.
La ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, Aminata Kaba, a dévoilé à cette occasion une feuille de route articulée autour de cinq programmes majeurs. Rappelant que la Guinée dispose d’un trésor de 13,7 millions d’hectares de terres arables, elle a inscrit cette démarche dans la vision du président de la transition, le Général Mamadi Doumbouya :
« Il ne saurait y avoir de souveraineté véritable sans souveraineté alimentaire. Aujourd’hui, nous posons les fondations d’une nouvelle agriculture guinéenne : moderne, industrielle, productive, compétitive, inclusive et durable », a-t-elle martelé.
Des infrastructures massives et une restructuration rurale
Pour rentabiliser ce colossal budget de plus de 18 milliards de dollars étalé sur 15 ans, le gouvernement guinéen mise sur une transformation en profondeur du monde rural et des circuits logistiques. Les objectifs opérationnels affichés sont particulièrement ambitieux :
- Structuration du monde paysan : Création et accompagnement de 5 000 coopératives agricoles à travers le pays.
- Soutien à la filière : Développement d’une centaine d’agrégateurs et mise en place de centres d’agrégation modernes pour assurer le stockage, le tri, la calibration et la conservation des récoltes.
- Désenclavement des bassins de production : Construction et réhabilitation de plus de 20 000 kilomètres de pistes rurales pour connecter directement les champs aux grands centres de consommation.
- Chaîne logistique : Déploiement de centres de collecte et de magasins communautaires afin de réduire drastiquement les pertes post-récolte qui plombent actuellement les revenus des producteurs.
Un partenariat public-privé (PPP) à 70%
Le financement de cette méga-infrastructure agricole répond à un modèle économique collaboratif. Prenant la parole au nom du chef de l’État, le ministre secrétaire général à la Présidence, le Général Amara Camara, a détaillé la clé de répartition des investissements : l’État guinéen prendra en charge 30 % du budget global, tandis que les 70 % restants proviendront des investissements du secteur privé.
« Cela signifie que ce programme de développement se réalisera avec la participation de tous […]. Chacun doit jouer pleinement son rôle pour accompagner le développement de notre pays », a indiqué le Général Amara Camara, appelant opérateurs privés et partenaires au développement à se saisir de ces opportunités d’affaires.
Le soutien des partenaires internationaux
Présente à la cérémonie, la représentante pays du Fonds international de développement agricole (FIDA) a salué, au nom des partenaires techniques et financiers, la pertinence de ce plan de rupture. Elle a rappelé que dans un contexte mondial bouleversé par le changement climatique et l’instabilité des prix alimentaires, investir dans la production nationale n’est plus une option, mais une exigence absolue de sécurité nationale. Les partenaires internationaux ont réitéré leur engagement ferme à accompagner Conakry dans la mobilisation et la mise en œuvre de ce programme historique.
En arrimant l’avenir de son agriculture au méga-projet minier de Simandou, la Guinée espère réussir là où de nombreuses économies rentières ont échoué : convertir la richesse éphémère du sous-sol en une prospérité verte, durable et partagée par l’ensemble de sa population.

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