Le Burkina Faso a franchi une étape majeure dans la recomposition de son paysage institutionnel. Réunis en séance plénière à Ouagadougou, les députés de l’Assemblée législative de transition (ALT) ont adopté à l’unanimité, lundi 9 février, une loi portant dissolution de l’ensemble des partis et formations politiques du pays.
Porté par le ministre d’État chargé de l’Administration territoriale, Émile Zerbo, le texte met officiellement fin à l’existence juridique de partis dont les activités étaient déjà suspendues depuis septembre 2022, au lendemain de l’arrivée au pouvoir des autorités de transition. Les 69 députés présents ont voté sans réserve ce projet de loi, présenté par le gouvernement comme un acte fondateur de la refondation politique nationale.
Un cadre juridique entièrement démantelé
L’adoption de cette loi entraîne l’abrogation de plusieurs piliers du système partisan burkinabè. Sont notamment supprimées la charte des partis politiques de 2001, la loi de 2009 relative au financement des formations politiques ainsi que les dispositions encadrant le statut de l’opposition. Pour l’exécutif, ces textes ont favorisé une prolifération de partis jugés peu structurés et faiblement représentatifs, contribuant à la fragmentation de la scène politique et à une perte de confiance des citoyens envers les institutions.
Selon le gouvernement, la dissolution des partis vise à « assainir » la vie politique et à rompre avec un modèle perçu comme déconnecté des réalités sociales et sécuritaires du pays. Les autorités affirment vouloir jeter les bases d’un nouveau système politique plus cohérent, ancré dans les valeurs nationales et capable de répondre aux défis actuels, notamment la lutte contre l’insécurité.
Une refondation sous haute tension
La loi prévoit également que les biens mobiliers et immobiliers des partis dissous feront l’objet d’un inventaire et d’une évaluation, avant d’être intégrés au patrimoine de l’État, dans des conditions que le gouvernement assure vouloir transparentes.
Si l’exécutif revendique une rupture assumée avec l’ancien ordre politique, cette décision suscite de vives interrogations. Plusieurs analystes et observateurs y voient un affaiblissement supplémentaire du pluralisme démocratique, dans un contexte déjà marqué par la restriction de l’espace politique, la suspension de nombreuses organisations de la société civile et la concentration du pouvoir entre les mains des autorités de transition.
La dissolution des partis politiques confirme ainsi la volonté du régime de transition de redéfinir en profondeur les règles du jeu politique au Burkina Faso, au risque d’alimenter le débat sur l’avenir démocratique du pays.

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