La Confédération des États du Sahel (AES) et la Fédération de Russie franchissent une nouvelle étape dans le renforcement de leurs relations diplomatiques. Réunis mercredi à Niamey à l’occasion de la deuxième session ministérielle AES-Russie, les ministres des Affaires étrangères des deux parties ont signé un mémorandum instituant un mécanisme permanent de consultations politiques et diplomatiques, destiné à structurer durablement leur coopération.
Cet accord traduit la volonté commune d’inscrire les échanges entre Moscou et les trois États membres de l’AES – le Mali, le Burkina Faso et le Niger – dans un cadre institutionnel stable, couvrant les domaines de la sécurité, de la diplomatie, du développement économique et de la coopération internationale.
Une coopération appelée à se renforcer
Autour de la table figuraient les ministres Abdoulaye Diop (Mali), Karamoko Jean Marie Traoré (Burkina Faso), Bakary Yaou Sangaré (Niger) et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Les quatre responsables ont réaffirmé leur engagement à approfondir un partenariat qu’ils présentent comme fondé sur le respect de la souveraineté des États, la non-ingérence dans les affaires intérieures, l’égalité entre les nations et la défense d’intérêts communs.
Cette deuxième session s’inscrit dans le prolongement de la première rencontre ministérielle organisée à Moscou en avril 2025, au cours de laquelle les bases d’une coopération élargie avaient été définies. Les ministres ont salué les avancées enregistrées depuis cette première réunion et ont adopté un programme de consultations couvrant la période 2026-2027.
À l’ouverture des travaux, le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop, a estimé que le partenariat entre l’AES et la Russie dépasse désormais le seul champ sécuritaire pour s’étendre aux volets diplomatique, économique et commercial, dans un contexte marqué par la persistance des menaces terroristes et les défis géopolitiques auxquels sont confrontés les pays sahéliens.
De son côté, Sergueï Lavrov a réaffirmé la volonté de Moscou de développer avec les États de la Confédération un partenariat qu’il a qualifié de « mutuellement bénéfique », reposant sur une coopération durable et équilibrée.
Un mécanisme permanent de concertation
Le mémorandum signé à Niamey institue un cadre permanent de consultations entre les ministères des Affaires étrangères de l’AES et de la Russie. Ce dispositif vise à assurer un suivi régulier des décisions prises, à renforcer la coordination diplomatique et à favoriser une concertation continue sur les principaux dossiers d’intérêt commun.
Au-delà des échanges politiques, les deux parties souhaitent disposer d’un instrument capable d’accompagner la mise en œuvre de leurs engagements et de consolider leur dialogue stratégique dans la durée.
Sécurité : Moscou confirme son soutien à la Force unifiée de l’AES
Les questions sécuritaires ont occupé une place centrale lors des discussions. La Russie a renouvelé son engagement à accompagner le renforcement des capacités opérationnelles des armées des États membres de l’AES ainsi que de la Force unifiée de la Confédération (FU-AES), dont l’opérationnalisation constitue une priorité pour les autorités sahéliennes.
Les ministres ont convenu d’intensifier leur coopération militaire afin d’accélérer le déploiement effectif de cette force régionale, créée pour répondre aux défis sécuritaires communs et renforcer la lutte contre les groupes armés terroristes dans l’espace sahélien.
Le communiqué final condamne avec fermeté les attaques terroristes visant les États membres de l’AES et appelle à une coopération internationale renforcée dans la lutte contre le terrorisme. Le texte évoque également l’implication présumée de certains acteurs étatiques extérieurs dans des actions considérées comme déstabilisatrices à l’encontre des pays de la Confédération.
Une convergence diplomatique sur les enjeux internationaux
Les ministres ont également affiché leur volonté de renforcer leur coordination au sein des Nations unies et des autres organisations internationales. Les deux parties défendent une vision des relations internationales fondée sur le respect de la souveraineté des États, le rejet des ingérences extérieures et la promotion d’un ordre mondial qu’elles jugent plus équilibré et multipolaire.
Cette convergence diplomatique s’inscrit dans la stratégie de diversification des partenariats internationaux engagée par les États de l’AES depuis leur création.
Une coopération économique appelée à se développer
Au-delà des questions sécuritaires, les deux partenaires entendent donner une nouvelle impulsion à leur coopération économique. Les ministres ont réaffirmé leur volonté de soutenir la réalisation de projets structurants en mobilisant notamment la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), en collaboration avec les institutions financières russes compétentes.
Ils ont également encouragé le développement des échanges entre les entreprises russes et celles des États membres de l’AES, conformément aux orientations définies dans la feuille de route de l’an II de la Confédération.
Addis-Abeba, une étape diplomatique avant Niamey
Avant de rejoindre Niamey, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait effectué une étape à Addis-Abeba le 7 juillet, où il s’était entretenu avec le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf. Les échanges avaient porté sur l’évolution du partenariat entre la Russie et l’Union africaine, ainsi que sur plusieurs dossiers liés à la paix, à la sécurité et à la stabilité du continent africain, avec une attention particulière portée à la situation au Sahel.
Cette séquence diplomatique illustre la volonté de Moscou de consolider sa présence politique en Afrique tout en renforçant ses relations avec les organisations régionales et continentales.
Prochain rendez-vous en Russie en 2027
Conformément au principe d’alternance adopté par les deux partenaires, la troisième session ministérielle AES-Russie se tiendra en 2027 en Fédération de Russie. Ce prochain rendez-vous permettra d’évaluer la mise en œuvre des engagements pris à Niamey et de définir les nouvelles priorités de cette coopération stratégique en pleine évolution.