Assimi

Mali : le président Assimi Goïta dissout tous les partis politiques

Dans un geste sans précédent depuis l’indépendance du Mali, le président de la transition, le général Assimi Goïta, a signé le mardi 13 mai 2025 un décret de dissolution de l’ensemble des partis politiques et des associations à caractère politique. L’annonce a été faite lors d’un conseil des ministres extraordinaire, diffusé en direct à la télévision nationale.

Cette décision marque une rupture historique avec l’ordre politique post-démocratique instauré depuis 1991, et ouvre une nouvelle phase de la transition en cours. Les autorités justifient cette mesure par des raisons de “cohésion nationale”, mais elle suscite d’ores et déjà des réactions vives, à l’échelle nationale comme internationale.

Un décret radical : suspension totale de la vie politique

Le décret, lu par le ministre de l’administration territoriale, Mamani Nassiré, indique que toutes les activités, réunions et manifestations à caractère politique sont désormais interdites sur l’ensemble du territoire national.

« Cette décision vise à préserver la stabilité, à prévenir les divisions internes et à créer un espace propice à la refondation de l’État malien », a déclaré le ministre.

La charte des partis politiques est officiellement abrogée, et neuf lois relatives à la vie politique ont été adoptées par le Conseil national de transition (CNT) pour accompagner cette nouvelle orientation.

Contexte et motivations du pouvoir

Depuis plusieurs mois, les autorités de transition ont exprimé leur volonté de refonder en profondeur les institutions. Lors des concertations nationales tenues fin avril 2025, plusieurs recommandations appelaient à dissoudre les partis politiques existants, jugés responsables de l’instabilité, de la corruption et de la fragmentation de la nation.

Le discours officiel insiste sur la nécessité de rompre avec le multipartisme jugé excessif, et de reconstruire un système basé sur un nombre limité de partis forts, représentatifs et ancrés dans les réalités nationales.

Réactions de la société civile et de l’opposition

Les réactions ne se sont pas fait attendre. De nombreuses organisations de défense des droits humains, des juristes et des leaders politiques dénoncent une dérive autoritaire.

« Il s’agit d’une suspension pure et simple du droit à la participation politique garanti par la Constitution et les conventions internationales », a déclaré un porte-parole d’une coalition de partis dissous.

Des recours en inconstitutionnalité sont en cours de préparation, bien que la Cour constitutionnelle soit elle-même remise en question dans son indépendance depuis le début de la transition.

Condamnations et inquiétudes à l’international

La communauté internationale, notamment l’Union africaine, la CEDEAO, l’Union européenne et les Nations unies, observe la situation avec préoccupation. Certains diplomates estiment que cette décision pourrait retarder davantage le processus de retour à l’ordre constitutionnel, déjà suspendu depuis le report indéfini des élections.

Une atmosphère de restriction de l’espace public

En parallèle, la chaîne francophone TV5 Monde a été suspendue de diffusion au Mali par la Haute Autorité de la Communication (HAC), accusée de tenir des propos “partiaux” sur la situation politique. Cette mesure alimente les craintes d’un resserrement de l’espace médiatique et de la liberté d’expression.

Vers quelle forme de gouvernance ?

Les autorités de transition envisagent désormais un système politique reposant sur une nouvelle charte nationale, où les partis politiques seraient strictement encadrés, en nombre limité, avec des critères de représentativité renforcés.

Il est aussi question, selon certaines fuites, de nommer Assimi Goïta président de la République pour un mandat de cinq ans, une proposition issue des concertations nationales, mais non encore actée officiellement.

Un tournant décisif et risqué

Le Mali vient de franchir un seuil critique dans son histoire politique moderne. Si les autorités justifient la dissolution des partis politiques par la volonté de refonder le pays sur de nouvelles bases, cette mesure extrême soulève de graves interrogations sur la démocratie, la liberté d’association, la légitimité de la transition et le respect des engagements internationaux.

La suite dépendra de la capacité du régime à dialoguer avec les forces sociales, à définir un nouveau cadre consensuel et à restaurer la confiance dans les institutions.

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Crise halieutique au Sénégal : la surpêche pousse les jeunes vers l’exil

Un rapport publié récemment par l’Environmental Justice Foundation (EJF) alerte sur une crise halieutique majeure au Sénégal, directement liée à la surpêche industrielle pratiquée par des flottes étrangères. Cette situation provoque un effondrement des ressources maritimes disponibles pour les pêcheurs artisanaux… et contribue à une hausse dramatique de la migration irrégulière des jeunes vers l’Europe.

Une pression étrangère qui asphyxie la pêche locale

Selon l’EJF, des dizaines de navires étrangers — principalement originaires d’Europe, de Chine et de Turquie — exploitent intensément les eaux sénégalaises, souvent avec des licences opaques ou hors cadre légal.

“Les zones de pêche artisanale sont envahies, les captures sont en chute libre, et les pêcheurs traditionnels ne peuvent plus vivre de leur activité.”

– Rapport EJF, 2025

Les conséquences sont visibles :

  • Baisse de plus de 50 % des captures artisanales en dix ans ;

  • Épuisement de certaines espèces emblématiques (sardinelles, thon, poulpe) ;

  • Ruine de familles entières vivant exclusivement de la mer.

Un moteur silencieux de la migration clandestine

Face à l’appauvrissement des ressources et à l’absence d’alternatives économiques, de nombreux jeunes pêcheurs sénégalais prennent le large… mais pas pour pêcher.

Le rapport révèle que la chute des revenus dans les zones côtières de Saint-Louis, Mbour ou Joal a contribué directement au départ de milliers de jeunes en pirogue vers les Canaries, porte d’entrée vers l’Espagne.

“On part parce qu’il n’y a plus de poisson, plus de travail, plus d’avenir ici.” – témoignage anonyme d’un pêcheur, cité dans le rapport

Un appel à la souveraineté maritime

L’EJF appelle à :

  • Mettre fin aux accords opaques de pêche avec les flottes étrangères,

  • Renforcer les capacités de surveillance et de patrouille maritime (avec des radars, drones, contrôles),

  • Investir dans la transformation locale et la revalorisation des chaînes de valeur artisanales,

  • Et surtout, associer les communautés côtières aux politiques de gestion des ressources.

Une urgence nationale et humaine

La crise halieutique sénégalaise n’est pas qu’un enjeu écologique ou économique. Elle est humaine, sociale et géopolitique.

En laissant les ressources marines s’éroder sous l’effet de la surpêche industrielle, c’est un pan entier de la jeunesse sénégalaise qui est abandonné à la mer, parfois au péril de sa vie.

Face à cela, une véritable souveraineté halieutique, juste, durable et inclusive, devient un impératif national.

Bassirou Diomaye Faye

Sénégal : Dialogue national entre espoirs de refondation et scepticisme politique

À deux semaines de son ouverture officielle, le dialogue national du Sénégal prévu du 28 mai au 4 juin 2025 cristallise déjà tensions, attentes et interrogations. Annoncé comme un temps fort de concertation nationale, ce forum doit réunir partis politiques, société civile, institutions religieuses et acteurs économiques autour des réformes majeures envisagées par le nouveau pouvoir.

Mais entre soutiens enthousiastes, appels à la vigilance et réserves politiques, le débat s’intensifie dans l’espace public.

Un objectif affiché : refonder l’État

Le gouvernement, porté par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, présente ce dialogue comme un instrument de refondation démocratique et institutionnelle.

Les thèmes annoncés sont vastes :

  • Réformes institutionnelles (séparation des pouvoirs, réduction des privilèges)

  • Redéfinition du rôle des partis politiques

  • Révision du système électoral

  • Souveraineté économique et gestion des ressources naturelles

  • Justice, droits humains et mémoire nationale

Le président Faye a invité toutes les forces vives de la Nation à participer, dans une logique d’inclusion et d’ouverture.

Des réserves dans la classe politique

Plusieurs partis d’opposition et figures de l’ancien régime ont exprimé des doutes sur la sincérité du processus :

  • Certains dénoncent une initiative “à sens unique”, sans garanties de neutralité.

  • D’autres exigent des préalables comme la libération de certains détenus politiques ou la clarification du rôle du gouvernement dans l’agenda des réformes.

Des voix appellent à un format plus “indépendant”, piloté par une instance de consensus et non directement par le pouvoir exécutif.

Société civile : entre engagement et vigilance

Les organisations de la société civile, elles, plébiscitent globalement le principe du dialogue, mais insistent sur :

  • La nécessité d’une participation citoyenne réelle, au-delà des élites politiques ;

  • La transparence dans la conduite des débats ;

  • Des résultats concrets et contraignants, et non de simples résolutions symboliques.

Certains mouvements citoyens voient dans ce dialogue une occasion historique de faire entendre les demandes populaires sur des sujets tels que :

  • L’impunité des gouvernants,

  • La réforme foncière,

  • L’accès équitable aux ressources publiques.

Un test politique pour le tandem Diomaye–Sonko

Ce dialogue national sera un test de maturité politique pour le nouveau régime.

S’il est conduit de manière ouverte, structurée et inclusive, il pourra :

  • Consolider la légitimité institutionnelle du pouvoir ;

  • Apaiser les clivages post-électoraux ;

  • Poser les bases d’une nouvelle architecture démocratique.

Mais à l’inverse, un dialogue biaisé ou mal perçu pourrait raviver les tensions, renforcer la méfiance et nuire à la dynamique de rupture prônée depuis l’alternance.

L’heure du choix collectif

Le dialogue national 2025 n’est pas seulement une rencontre politique. C’est une invitation à repenser le contrat social sénégalais.

La question n’est pas de savoir s’il faut dialoguer.

La vraie question est : comment dialoguer ? Avec qui ? Et pour aboutir à quoi ?

L’avenir démocratique du Sénégal pourrait bien se jouer dans cette séquence historique.

Guinée Mamadi Doumbia

Guinée : Le président Doumbouya ordonne le retrait des permis miniers non conformes

Le général Mamadi Doumbouya, président de la transition guinéenne, a ordonné le retrait immédiat des permis et concessions des sociétés minières ne respectant pas les obligations prévues par le Code minier en vigueur. Cette décision, annoncée lors d’un Conseil des ministres exceptionnel au palais Mohamed V, vise à renforcer la gouvernance du secteur minier et à garantir une meilleure valorisation des ressources naturelles au bénéfice de l’économie nationale. 

Une mesure de fermeté pour assainir le secteur minier

Le président Doumbouya a souligné que le respect des engagements contractuels et des délais d’exécution est “non négociable”. Il a instruit le ministre des Mines et de la Géologie de procéder au retrait des permis et concessions des sociétés minières non conformes aux obligations prévues par le Code minier. 

Retrait de permis à deux sociétés minières

Dans la foulée de cette décision, deux sociétés minières locales ont vu leurs permis retirés :

  • Guiter Mining S.A. : retrait du permis d’exploitation minière semi-industriel.

  • Kebo Energy S.A. : retrait de la concession minière octroyée. 

Ces retraits s’inscrivent dans une série de décrets présidentiels visant à assainir le secteur minier et à s’assurer que les entreprises respectent les obligations contractuelles et légales.

Vers une interdiction de l’exportation de l’or brut

Le président Doumbouya a également demandé au ministre des Mines de soumettre une proposition visant à interdire l’exportation de l’or brut. Cette mesure s’inscrit dans le contexte de l’achèvement imminent de l’une des plus grandes raffineries d’or au monde en Guinée, une infrastructure jugée stratégique pour la souveraineté économique du pays. 

Un contrôle accru du secteur minier

Cette décision s’inscrit dans une volonté plus large des autorités guinéennes de renforcer le contrôle et la transparence dans le secteur minier. Le Code minier guinéen prévoit des obligations strictes pour les titulaires de permis, notamment en matière de délais d’exécution, de contenu local, d’évaluations environnementales et sociales, et de participation de l’État au capital des projets. 

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Guinée : Une stratégie minière ambitieuse pour un développement durable

Dans un contexte de transition économique et de quête d’une souveraineté industrielle accrue, la République de Guinée affine une stratégie minière ambitieuse, structurée autour de quatre piliers majeurs : la transformation locale des ressources, la création de valeur durable, le renforcement des infrastructures, et l’inclusion socio-économique.

Cette orientation stratégique a été consolidée à l’issue d’un atelier de concertation organisé par le ministère des Mines et de la Géologie, en collaboration avec la Société financière internationale (IFC), le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la GIZ et la Chambre des mines de Guinée.

Transformation locale : priorité au contenu national

Consciente de la nécessité de capter davantage de valeur ajoutée sur son territoire, la Guinée a lancé plusieurs chantiers majeurs, dont :

  • Le démarrage officiel des travaux de la raffinerie d’alumine à Kimbo (mars 2025),

  • L’instauration d’un cadre incitatif pour la transformation in situ de la bauxite, du fer et de l’or.

Ces initiatives visent à développer un écosystème industriel minier intégré, créateur d’emplois et porteur de transferts de compétences.

Vers la création d’un fonds souverain minier

Dans le cadre du programme Simandou 2040, les autorités prévoient la mise en place d’un fonds souverain national, destiné à :

  • Gérer les recettes minières de manière transparente,

  • Financer des projets d’intérêt public (infrastructures, éducation, santé),

  • Préparer l’après-mines en diversifiant l’économie guinéenne.

Ce fonds répond à un impératif : convertir la rente minière en actifs pérennes pour les générations futures.

Infrastructures structurantes : levier de compétitivité

Le projet Simandou comprend également la réalisation d’infrastructures majeures :

  • Une voie ferrée de plus de 600 km reliant les zones minières à la côte,

  • Un port en eau profonde à Morébaya pour faciliter les exportations et l’intégration logistique régionale.

Ces investissements visent à réduire les coûts d’évacuation des minerais, tout en renforçant l’attractivité du pays auprès des opérateurs internationaux.

Capital humain : montée en compétence locale

Le gouvernement, avec le soutien de ses partenaires, a engagé la création de l’École de Formation aux Métiers de l’Alumine de Guinée (EFAG) à Boké.

Cette école formera une nouvelle génération de techniciens et d’ingénieurs spécialisés, avec pour objectif de réduire la dépendance à l’expertise étrangère et de structurer une main-d’œuvre compétente dans la chaîne de valeur minière.

Une approche inclusive et durable

La nouvelle stratégie minière guinéenne s’inscrit résolument dans une logique de durabilité, d’équité et de concertation. Elle inclut :

  • La prise en compte des préoccupations environnementales et sociales,

  • L’implication des communautés locales dans la gouvernance des projets,

  • Le renforcement du lien entre mines, agriculture, et agrobusiness pour une économie plus diversifiée.

Avec cette feuille de route ambitieuse, la Guinée affirme sa volonté de passer d’une économie extractive à une économie productive et résiliente.

La stratégie actuelle reflète une vision claire : faire des ressources minières un moteur de transformation structurelle, au service du développement national, de l’inclusion sociale et de la souveraineté économique.

Guinée Mali

Guinée-Mali : Une coopération bilatérale renforcée pour une intégration régionale durable

La Guinée et le Mali ont franchi une nouvelle étape dans leur coopération en organisant la première session de la Commission Mixte Guinée-Mali, un cadre diplomatique et technique de haut niveau visant à approfondir les relations entre les deux pays. Cette rencontre stratégique illustre la volonté commune des autorités de consolider une alliance régionale solide, fondée sur la souveraineté, la sécurité et la prospérité partagée.

Une dynamique diplomatique entre voisins stratégiques

Tenue en alternance à Conakry et à Bamako, cette première session s’est déroulée dans un climat de confiance et de convergence de vues, symbolisant l’attachement des deux pays à une coopération Sud-Sud pragmatique.

Au programme des discussions :

  • Renforcement de la sécurité transfrontalière, notamment face aux défis du terrorisme et de la criminalité organisée,

  • Dynamisation des échanges commerciaux et du transport routier entre les deux capitales,

  • Coopération énergétique, avec des perspectives de mutualisation des ressources et infrastructures,

  • Développement social et agricole, pour garantir la résilience des populations rurales.

Un socle commun : souveraineté et intégration régionale

La Guinée et le Mali, tous deux membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), partagent une même vision de l’avenir africain : assurer la stabilité intérieure, protéger les intérêts nationaux et bâtir une autonomie régionale.

Cette commission conjointe s’inscrit dans une stratégie de repositionnement géopolitique dans laquelle la solidarité entre pays sahéliens devient un levier d’influence collective.

La relance institutionnalisée de la coopération entre la Guinée et le Mali marque une étape significative vers une diplomatie de proximité, fondée sur l’action concrète, la confiance mutuelle et la complémentarité des ressources.

En renforçant leurs partenariats, les deux pays tracent les contours d’une intégration régionale plus autonome, solidaire et tournée vers l’intérêt des peuples.

Assimi Goïta

Mali : Une nouvelle République sans partis politiques ?

Le paysage politique malien est à la croisée des chemins. À l’issue de la phase nationale des concertations des forces vives de la nation, un bouleversement majeur a été proposé : la dissolution de tous les partis politiques existants et la limitation du nombre de partis à cinq au maximum dans la future République. Cette recommandation, radicale mais symbolique, alimente les débats sur l’avenir du pluralisme démocratique au Mali.

Une volonté de rupture avec l’ancien système

Depuis plusieurs années, de nombreux Maliens dénoncent l’inefficacité, la corruption et le clientélisme associés aux partis politiques traditionnels. Pour beaucoup, ces formations sont perçues comme des instruments de pouvoir personnel, détachés des aspirations populaires.

Dans ce contexte, les concertations nationales ont donné la parole à diverses couches sociales – autorités coutumières, syndicats, représentants de la société civile et militaires – qui semblent s’accorder sur un point : le besoin de refondation profonde du système politique malien.

Les recommandations : vers un système politique inédit

Voici les principales recommandations formulées :

  • Dissolution immédiate des partis politiques actuels ;

  • Refonte des critères de création des partis, avec un ancrage territorial, une base militante réelle et des objectifs clairs ;

  • Limitation du nombre de partis à cinq pour éviter la fragmentation politique et favoriser des projets de société cohérents ;

  • Recentrage du débat politique sur les programmes, et non sur les appartenances ethniques ou régionales.

Ces mesures visent à bâtir une nouvelle République plus structurée, plus représentative et mieux gouvernée.

Une proposition controversée

Si cette orientation reçoit un écho favorable parmi une partie de la population fatiguée des jeux politiciens, elle soulève aussi des inquiétudes. Les défenseurs du pluralisme politique craignent un glissement autoritaire, voire la mise en place d’un système fermé où la liberté d’association serait compromise.

De plus, la recommandation de nommer le colonel Assimi Goïta président pour un mandat de cinq ans renforce les soupçons d’une volonté de consolidation du pouvoir exécutif, sans passer par les urnes à court terme.

Une nouvelle République en construction

Le Mali entre donc dans une phase de transition institutionnelle cruciale. Le choix de réformer en profondeur le système des partis peut être un levier de stabilité s’il est encadré, transparent et adossé à une volonté populaire authentique. À l’inverse, mal gérée, cette transformation pourrait affaiblir la démocratie et créer une nouvelle forme d’exclusion politique.

Le débat est lancé : le Mali peut-il construire une démocratie sans partis, ou avec une version radicalement réduite de leur rôle ? Le chantier de la refondation ne fait que commencer.

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AES : un accord historique avec le Maroc pour un accès à l’océan Atlantique

Le Burkina Faso, aux côtés du Mali et du Niger, a franchi une étape majeure dans sa stratégie d’ouverture au monde en concluant, ce 29 avril 2025, un accord avec le Maroc visant à faciliter son accès à l’océan Atlantique. Cet accord a été officialisé à Rabat lors d’une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères de l’Alliance des États du Sahel (AES) et le roi Mohammed VI.

Un enjeu stratégique pour les pays enclavés du Sahel

Privés d’accès direct à la mer, le Burkina Faso, le Mali et le Niger font face à de nombreux obstacles logistiques et économiques pour leurs importations et exportations. La situation s’est aggravée avec leur retrait de la CEDEAO et les restrictions commerciales imposées par certains voisins côtiers.

L’accord avec le Maroc représente donc :

  • Une opportunité d’accès sécurisé à des infrastructures portuaires modernes,
  • Une réduction des coûts logistiques pour les échanges commerciaux,
  • Un levier pour dynamiser les exportations de produits miniers, agricoles et manufacturés,
  • Une nouvelle voie d’intégration économique Sud-Sud.
Un partenariat gagnant-gagnant

Le Maroc, acteur majeur du commerce africain et investisseur dans les infrastructures portuaires, offre à l’AES l’accès à plusieurs de ses ports stratégiques, notamment à Casablanca et à Dakhla.

En retour, cette coopération permettra au Maroc de renforcer ses liens économiques avec l’Afrique de l’Ouest et d’étendre son influence dans une région stratégique en pleine recomposition.

Vers une nouvelle géographie économique

Cet accord pourrait transformer durablement la dynamique économique du Sahel :

  • Diversification des partenaires commerciaux,
  • Stimulation du commerce interafricain,
  • Développement des corridors logistiques reliant les pays sahéliens à l’Atlantique,
  • Accroissement de l’indépendance économique vis-à-vis de certains circuits traditionnels.

L’accord avec le Maroc pour un accès à l’océan Atlantique représente une avancée diplomatique et économique majeure pour le Burkina Faso et ses partenaires de l’AES. Il ouvre de nouvelles perspectives de croissance, de souveraineté commerciale et de repositionnement stratégique sur la scène africaine et internationale.

Jean Emmanuel Ouedraogo

Burkina Faso : le gouvernement accélère la nationalisation des mines industrielles

Dans une annonce majeure ce 29 avril 2025, le Premier ministre Jean Emmanuel Ouédraogo a dévoilé la stratégie du Burkina Faso visant à nationaliser une plus grande part de ses mines industrielles. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du nouveau code minier adopté en 2024 et traduit la volonté des autorités de reprendre le contrôle de l’exploitation des ressources naturelles au profit des Burkinabè.

Un tournant stratégique pour l’économie nationale

La création de la Société de Participation Minière du Burkina (SOPAMIB) illustre cette nouvelle orientation. La SOPAMIB a déjà pris le contrôle de deux mines d’or industrielles précédemment exploitées par le groupe canadien Endeavour Mining.

L’objectif affiché est clair :

  • Accroître la part des revenus miniers directement captés par l’État,
  • Financer les programmes de développement économique et social,
  • Renforcer la souveraineté économique du Burkina Faso face aux intérêts étrangers.
Mise en place d’une réserve nationale d’or

En parallèle de la nationalisation des mines, le gouvernement a annoncé la création d’une réserve nationale d’or. Cette initiative vise à garantir que l’or extrait contribue à soutenir la monnaie nationale, à renforcer la stabilité financière du pays et à préserver une partie des richesses naturelles pour les générations futures.

Un choix politique assumé

Cette politique de nationalisation s’inscrit dans une démarche plus large de reprise du contrôle économique et de valorisation des ressources nationales. Elle intervient dans un contexte où le Burkina Faso, aux côtés du Mali et du Niger, entend s’affranchir des dépendances économiques traditionnelles et bâtir un modèle de développement plus autonome et endogène.

Bien que porteuse d’espoirs, cette stratégie soulève également des défis :

  • La nécessité de garantir une bonne gouvernance des entreprises nationalisées,
  • L’exigence d’attirer des compétences techniques et financières locales,
  • La gestion équilibrée des intérêts économiques et environnementaux.

La nationalisation accrue des mines industrielles au Burkina Faso marque un tournant décisif dans la stratégie économique nationale. En réaffirmant le contrôle sur ses ressources naturelles, le pays fait le pari audacieux d’un développement basé sur la souveraineté économique, la redistribution des richesses et la construction d’une prospérité partagée.

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Économie : le Burkina Faso scelle un partenariat minier stratégique avec la Russie

Le Burkina Faso poursuit sa dynamique de diversification de ses partenariats économiques en annonçant, ce 28 avril 2025, l’octroi d’une licence d’exploitation minierère à la société russe Nordgold pour un nouveau projet aurifère sur son territoire. Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement des coopérations Sud-Sud et d’élargissement des alliances économiques en dehors des circuits traditionnels occidentaux.

Un projet minier d’envergure

La société Nordgold, déjà présente dans plusieurs pays d’Afrique, se voit attribuer une concession pour exploiter un important gisement aurifère au Burkina Faso. Le projet prévoit :

  • La création de plusieurs centaines d’emplois directs et indirects ;
  • Le renforcement des recettes d’exportation d’or, source majeure de devises pour le pays ;
  • Le développement d’infrastructures locales (routes, énergie, services).

Selon les autorités burkinabè, cette exploitation minierère sera encadrée par des clauses garantissant une redistribution plus équitable des revenus et une meilleure protection de l’environnement.

Un contexte géopolitique favorable à la diversification

Dans un contexte mondial marqué par la reconfiguration des alliances économiques, le Burkina Faso cherche à renforcer son autonomie en multipliant ses partenariats stratégiques. La Russie apparaît aujourd’hui comme un allié économique et politique important pour plusieurs pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Ce partenariat minier traduit également la volonté du Burkina Faso de tirer pleinement parti de ses ressources naturelles pour financer son développement et consolider sa souveraineté économique.

Un levier pour stimuler l’économie nationale

L’exploitation aurifère représente l’une des principales sources de revenus du Burkina Faso. En 2024, le secteur minier a contribué à plus de 15 % du PIB et à près de 80 % des exportations nationales.

Avec l’entrée en activité de nouveaux projets miniers tels que celui de Nordgold, les autorités espèrent :

  • Accroître les recettes fiscales,
  • Soutenir la croissance économique,
  • Financer les programmes sociaux prioritaires (santé, éducation, infrastructures).

Le partenariat minier entre le Burkina Faso et Nordgold illustre la nouvelle orientation économique du pays : une coopération désormais plus diversifiée, stratégique et tournée vers la valorisation optimale des ressources naturelles. Cette dynamique, si elle est accompagnée d’une bonne gouvernance, pourrait contribuer à ancrer durablement le développement économique du Burkina Faso au service de ses populations.