Guinée-Bissau : Umaro Sissoco Embaló annonce son retour et sa candidature à la présidentielle.

19aout1

Dix mois après avoir été renversé par un coup d’État militaire, l’ancien président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló annonce son retour prochain dans son pays et affirme vouloir participer à l’élection présidentielle prévue le 6 décembre 2026.

Depuis son lieu d’exil, l’ancien chef de l’État a déclaré lundi 28 septembre à l’Agence France-Presse (AFP) qu’il serait candidat au prochain scrutin présidentiel. Il n’a toutefois pas précisé la date exacte de son retour en Guinée-Bissau. Des responsables et militants proches de son camp évoquent un retour le 4 octobre, sans confirmation officielle de l’intéressé à ce stade.

Un retour dans un contexte de transition militaire

Umaro Sissoco Embaló a été évincé du pouvoir le 26 novembre 2025, quelques jours après l’élection présidentielle et législative organisée dans le pays. L’armée avait alors pris le contrôle des institutions, interrompu le processus électoral et installé une autorité de transition dirigée par le général Horta N’Tam.

La junte avait justifié son intervention par la nécessité de préserver la stabilité du pays, alors que les résultats du scrutin étaient attendus. Le coup d’État est intervenu dans un contexte de forte tension politique, les deux principaux camps ayant revendiqué la victoire à l’issue du scrutin présidentiel.

Depuis son arrivée au pouvoir, le régime de transition affirme vouloir organiser de nouvelles élections et restituer le pouvoir aux civils. La présidentielle et les législatives sont ainsi programmées pour le 6 décembre prochain.

Le général Horta N’Tam, nommé à la tête de la transition, est exclu de la prochaine compétition présidentielle par la charte de transition.

Une nouvelle Constitution qui renforce les pouvoirs présidentiels

Le retour annoncé d’Embaló intervient alors que la Guinée-Bissau vient de modifier en profondeur son cadre institutionnel.

Le 30 août dernier, les électeurs ont été appelés à se prononcer par référendum sur une nouvelle Constitution. Les résultats provisoires ont donné 70 % des voix au « oui ». Le nouveau texte prévoit le passage d’un régime parlementaire à un régime présidentiel, avec un renforcement des prérogatives du chef de l’État. Celui-ci peut notamment nommer et révoquer le Premier ministre et les membres du gouvernement, ainsi que dissoudre le Parlement dans certaines circonstances.

La réforme réduit également le nombre de députés de 102 à 65 et modifie le découpage des circonscriptions électorales. Elle intervient quelques mois avant les élections censées mettre fin à la transition militaire.

L’opposition avait contesté le processus référendaire et appelé au boycott, estimant notamment que la consultation se déroulait dans un contexte politique marqué par les restrictions imposées depuis le coup d’État.

La question de l’éligibilité au cœur des enjeux

L’annonce de la candidature d’Umaro Sissoco Embaló ouvre désormais une nouvelle séquence politique. Si l’ancien président affirme vouloir participer au scrutin, les conditions prévues par la nouvelle Constitution pourraient constituer un enjeu juridique.

Selon des informations rapportées par Reuters, le nouveau texte impose notamment aux candidats à la présidence cinq années de résidence continue dans le pays. Cette disposition pourrait soulever des interrogations concernant la situation d’Embaló, qui vit à l’étranger depuis son éviction du pouvoir.

À ce stade, aucune décision officielle des autorités électorales concernant l’éligibilité de l’ancien président n’a été rapportée dans les sources consultées. Sa candidature devra donc être examinée au regard des nouvelles dispositions constitutionnelles et électorales.

Une présidentielle décisive pour le retour à l’ordre civil

Le scrutin du 6 décembre constitue une étape majeure de la transition engagée après le coup d’État de novembre 2025. Il doit permettre le retour d’un pouvoir civil dans un pays marqué depuis plusieurs décennies par les crises institutionnelles, les coups d’État et les tensions entre les différentes composantes du pouvoir.

La candidature annoncée d’Umaro Sissoco Embaló pourrait ainsi placer l’ancien président au centre des débats électoraux dans les prochaines semaines. Son éventuel retour sur le territoire national, tout comme la validation de sa candidature, seront particulièrement suivis à l’approche du scrutin.

Petite nation lusophone d’Afrique de l’Ouest, la Guinée-Bissau reste confrontée à d’importantes difficultés économiques et institutionnelles. Son instabilité politique a également favorisé le développement de réseaux de trafic de stupéfiants, faisant du pays un point de transit de la cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe.