La raffinerie de Buenassa a obtenu une subvention non remboursable de 3 385 000 dollars américains de l’Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA). Pour la première fois, le gouvernement américain apporte un soutien direct à un projet minier crucial en République démocratique du Congo, dans une optique d’harmonisation géopolitique manifeste.
Par Rodrigue Fenelon Massala
C’est une étape que Kinshasa qualifie déjà d’historique. Buenassa, porteur d’un ambitieux projet de raffinerie de cuivre et de cobalt dans le Lualaba, en République démocratique du Congo, a reçu l’approbation officielle d’une subvention non remboursable de 3 385 000 USD de l’USTDA destinée à financer son étude de préfaisabilité (PFS). L’information a été rendue publique par Julien Paluku Kahongya, ministre du Commerce extérieur de la RDC et ancien ministre de l’Industrie, à l’issue d’une séance de travail stratégique tenue le 17 juillet 2026 avec la direction de l’entreprise, conduite par son fondateur et directeur général, Eddy Kioni.
Buenassa n’est pas un projet porté par une firme étrangère implanté en République du Congo. C’est une initiative portée par un opérateur économique congolais . En effet, depuis juin 2023, l’État congolais détient une part de 10 % dans Buenassa Resources S.A., la société qui gère la mise en œuvre du projet. De plus, l’ancien Premier ministre Samy Badibanga exerce en tant que président non exécutif du conseil d’administration de la société. C’est à Kinshasa, bien avant l’arrivée de Washington, que le processus a été lancé : le gouvernement congolais a fourni le capital initial sous forme de subvention non remboursable de 3,5 millions USD, grâce au Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI), pour couvrir les études de cadrage. Le soutien américain est donc une extension de l’engagement congolais déjà existant, et non une substitution.
Au-delà du symbole, c’est la nature du financement qui marque les esprits. Il s’agit de la toute première injection significative et directe de capitaux publics américains dans un projet minier stratégique congolais aligné sur le corridor de Lobito, cet axe logistique appelé à évacuer les minerais du cœur du continent vers l’Atlantique, tout en stimulant une industrie régionale plus riche et diversifiée. Ce geste s’inscrit dans le cadre de l’accord stratégique entre les États-Unis et la RDC, et Washington signale ainsi sa volonté de peser dans une filière longtemps dominée par d’autres puissances.
Le contexte donne la mesure de l’enjeu. Selon le Cobalt Institute, la RDC assure près de 73 % de la production mondiale de cobalt en 2025, très loin devant l’Indonésie, et le pays est le 2ième producteur de cuivre au monde derrière le Chili, deux métaux au cœur de l’électrification, du stockage d’énergie et des technologies de défense comme de l’aérospatiale. Fait décisif, Kinshasa a remplacé son interdiction d’exportation du cobalt du début 2025 par un régime de quotas courant jusqu’en 2027, plafonnant les exportations à 87 000 tonnes en 2026 : en limitant les sorties de minerai brut, l’État resserre l’offre mondiale, soutient les prix et accélère la logique de transformation sur place que porte Buenassa. La demande mondiale a atteint 276 000 tonnes en 2025, en hausse de 13 % sur un an, portée par les batteries mais aussi par les superalliages de la défense et de l’aérospatiale, dont la consommation a progressé de 7,5 %. Longtemps exportés à l’état brut, ces minerais sont devenus l’objet d’une rivalité serrée entre Washington et Pékin pour la sécurisation des chaînes d’approvisionnement. C’est précisément la fonction du corridor de Lobito, dont la voie ferrée de 1 300 kilomètres reliant le cœur minier congolais au port angolais fait l’objet d’un financement de plus de 750 millions USD porté notamment par la DFC américaine. En s’y arrimant, la raffinerie Buenassa entend capter la valeur au point de transformation, et non plus à la seule extraction.
Ce premier pas américain appelle toutefois une réponse côté congolais. La lettre d’octroi de l’USTDA subordonne elle-même son offre à la capacité de Buenassa à démontrer l’allocation formelle d’un site du projet. Pour maintenir la dynamique, certaines conditions restent donc à réunir par le gouvernement de la RDC, à commencer par l’attribution d’un terrain, condition suspensive du projet. De sa satisfaction dépendra la poursuite du calendrier.
La dynamique ne s’arrête pas là. Des discussions avancées sont en cours avec l’US International Development Finance Corporation (DFC) en vue d’une assistance technique pour l’étude de faisabilité définitive (DFS). L’enveloppe d’investissement total est estimée à 700 millions de dollars pour la phase I et 1,3 milliard pour la phase II, soit près de 2 milliards de dollars pour l’ensemble du projet.
Côté production, les études de cadrage présentées prévoient 120 000 tonnes de cathodes de cuivre au standard LME et 20 000 tonnes de cobalt métal, avec une optionnalité pour du sulfate de cobalt. Buenassa a récemment recentré son positionnement sur les secteurs de la défense et de l’aérospatiale, en quête sécurisée de minerais stratégiques, tout en conservant une optionnalité pour le secteur du stockage d’énergie. Un repositionnement qui place le projet au cœur des chaînes d’approvisionnement les plus stratégiques pour les pays de l’Hémisphère nord, Etats-unis en tête.
Ce financement n’aurait pas vu le jour sans le cap fixé au sommet de l’État. Aux yeux de Kinshasa, le projet Buenassa matérialise la vision du Président de la République Démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo : celle de la transformation locale des ressources congolaises, mise en oeuvre par son Gouvernement. « La RDC s’affirme ainsi comme un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale et de l’équilibre sécuritaire grâce à la transformation locale de ses minéraux stratégiques », résume le ministre Julien Paluku.
En misant sur le raffinage sur son propre sol plutôt que sur l’exportation de matière brute, la RDC entend capter davantage de valeur ajoutée, et l’appui financier américain lui en donne, pour la première fois, les moyens concrets.
Sources
Cobalt Institute, Cobalt Market Report 2025 (mai 2026).
U.S. Geological Survey, Mineral Commodity Summaries 2025 (Cobalt).
U.S. International Development Finance Corporation (DFC) et Partnership for Global Infrastructure and Investment, corridor de Lobito.
Benchmark Mineral Intelligence et Fastmarkets, régime de quotas d’exportation de cobalt de la RDC (2025-2027).
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