
Nil bleu : l’Éthiopie annonce trois nouveaux barrages.
L’annonce par l’Éthiopie de la construction prochaine de trois nouveaux barrages hydroélectriques sur le Nil bleu ravive les tensions avec l’Égypte, alors que le différend autour du Grand barrage de la Renaissance (GERD) reste marqué par l’absence d’un accord contraignant entre les pays riverains.
Addis-Abeba veut accroître sa production énergétique
Après l’achèvement du GERD, l’Éthiopie prévoit de développer davantage son potentiel hydroélectrique. Trois nouveaux ouvrages doivent ainsi être construits au cours des sept prochaines années sur le Nil bleu.
Présentés comme moins importants que le Grand barrage de la Renaissance, ces projets doivent contribuer à renforcer la production nationale d’électricité et à soutenir les ambitions d’Addis-Abeba en matière d’exportation d’énergie.
Pour les autorités éthiopiennes, le développement de l’hydroélectricité constitue un levier essentiel pour répondre à la demande énergétique croissante et soutenir la transformation économique du pays.
Le Caire dénonce des décisions unilatérales
L’annonce éthiopienne a toutefois provoqué une réaction ferme de l’Égypte. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a rejeté toute nouvelle construction susceptible d’affecter le débit du Nil sans concertation préalable avec les pays situés en aval.
Le Caire réclame notamment une notification et une coordination concernant les projets pouvant avoir des conséquences sur les ressources en eau dont dépendent l’Égypte et le Soudan.
La question revêt une importance stratégique pour l’Égypte, dont l’approvisionnement en eau douce repose très largement sur le Nil. Le Nil bleu constitue à cet égard une source majeure des ressources qui atteignent le territoire égyptien.
Le spectre d’une pression accrue sur les ressources en eau
Les autorités et experts égyptiens redoutent que la multiplication des ouvrages hydroélectriques ne réduise temporairement les volumes d’eau disponibles en aval, notamment durant les phases de remplissage des réservoirs.
L’ancien ministre égyptien de l’Irrigation Mohamed Nasr Eddine Allam a notamment évoqué le risque d’une diminution des volumes reçus par l’Égypte pendant plusieurs années. Les conséquences pourraient être particulièrement sensibles pour l’agriculture et la sécurité alimentaire.
L’ampleur réelle de ces effets dépendra toutefois des caractéristiques techniques des futurs barrages, de leurs capacités de stockage ainsi que de leur mode d’exploitation. Ces éléments n’ont pas encore été détaillés publiquement.
Le différend autour du GERD reste sans règlement définitif
Au-delà des nouveaux projets, le principal point de tension demeure l’absence d’accord juridiquement contraignant sur le fonctionnement du Grand barrage de la Renaissance.
Les négociations entre l’Éthiopie, l’Égypte et le Soudan n’ont pas permis de parvenir à un mécanisme définitif concernant notamment le remplissage du réservoir, la gestion des périodes de sécheresse prolongée et les modalités de règlement des différends.
Pour Le Caire, l’enjeu est donc autant juridique que technique : il s’agit d’obtenir des garanties permettant de préserver ses intérêts hydriques sur le long terme.
Un dossier qui dépasse désormais la seule question du Nil
Le contentieux s’inscrit dans un contexte régional plus large, marqué par des rivalités croissantes dans la Corne de l’Afrique et autour de la mer Rouge.
L’Égypte cherche notamment à renforcer ses relations avec plusieurs pays de la région, dont la Somalie et l’Érythrée, alors que l’Éthiopie poursuit parallèlement sa stratégie de développement économique et de consolidation de son influence régionale.
L’annonce des trois nouveaux barrages pourrait ainsi élargir le différend au-delà du seul GERD. Elle confirme surtout que la gestion du Nil bleu demeure un dossier stratégique majeur, au croisement des enjeux énergétiques, agricoles, diplomatiques et sécuritaires de l’Afrique de l’Est.

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