Climat : la Cédéao évalue à 294 milliards de dollars les besoins de financement de l’Afrique de l’Ouest.

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La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) estime à près de 294 milliards de dollars les besoins de financement climatique de la région, alors que les effets du changement climatique devraient accentuer les déplacements de populations et les pressions sur les économies locales.

Le chiffre a été communiqué par le commissaire de la Cédéao chargé des Affaires économiques et de l’Agriculture, Dr Kalilou Sylla, lors d’un atelier régional consacré à la validation du cadre de création d’une plateforme ouest-africaine du marché du carbone.

Une région particulièrement exposée

Représenté lors de la rencontre par Christophe Deguénon, directeur de l’Environnement et des Ressources naturelles de la Cédéao, Dr Sylla a rappelé la vulnérabilité particulière de l’Afrique de l’Ouest face au changement climatique.

Selon les projections présentées, la hausse des températures pourrait atteindre 1,5 à 3 °C d’ici 2050, avec des conséquences potentielles sur l’agriculture, les ressources naturelles, les infrastructures et les conditions de vie des populations.

Environ 32 millions de personnes pourraient également être contraintes de se déplacer à l’intérieur de leur propre pays sous l’effet des changements climatiques.

Le marché du carbone comme source de financement

Face à l’ampleur des besoins, la Cédéao entend diversifier les mécanismes de mobilisation des ressources. Les marchés du carbone figurent parmi les instruments susceptibles de contribuer au financement des politiques d’adaptation et d’atténuation.

La région dispose d’importants atouts pour développer des projets générateurs de crédits carbone. Elle compte notamment plus de 350 millions d’hectares de terres agricoles, ainsi que d’importantes ressources forestières, des mangroves et de vastes espaces présentant un potentiel de restauration des terres dégradées.

Ces ressources pourraient permettre aux États ouest-africains de mieux valoriser leurs efforts en matière de réduction des émissions et de protection des écosystèmes.

Des obstacles encore importants

L’accès aux marchés internationaux du carbone reste toutefois limité par plusieurs contraintes. La Cédéao pointe notamment les insuffisances réglementaires, le manque de capacités techniques et la faiblesse des dispositifs de suivi, de vérification et de certification.

Pour remédier à ces difficultés, l’organisation régionale travaille depuis 2024 à l’élaboration d’un cadre harmonisé pour une plateforme ouest-africaine du marché du carbone.

Le futur mécanisme devrait s’appuyer sur des principes de transparence, d’intégrité environnementale et de gouvernance inclusive, tout en permettant une meilleure reconnaissance des efforts climatiques réalisés par les États membres.

L’article 6 de l’Accord de Paris au cœur du dispositif

La Cédéao entend également tirer parti de l’article 6 de l’Accord de Paris, qui encadre la coopération internationale entre États dans le cadre des mécanismes liés aux marchés du carbone.

Pour l’organisation régionale, ces mécanismes pourraient contribuer à réduire une partie du déficit de financement nécessaire à la mise en œuvre des politiques climatiques.

Cette démarche s’inscrit dans les orientations de la Vision 2050 de la Cédéao et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui placent le développement durable et la résilience climatique parmi les priorités du continent.

Vers un marché régional plus structuré

L’atelier régional doit ainsi permettre d’examiner et de valider le projet de cadre destiné à encadrer la future plateforme.

L’objectif affiché est de créer un marché crédible, transparent et suffisamment attractif pour les investisseurs, tout en garantissant que les bénéfices issus des projets carbone contribuent effectivement aux efforts de développement et de résilience des pays de la région.

Avec 294 milliards de dollars de besoins climatiques identifiés, l’enjeu pour l’Afrique de l’Ouest est désormais de transformer son potentiel environnemental en ressources financières capables de soutenir durablement son adaptation au changement climatique.