Sénégal–Gambie : Dakar et Banjul scellent un accord sur la délimitation de leur frontière commune
Après plusieurs années de discussions et une récente montée des tensions à Bulock, les deux pays annoncent une avancée majeure vers une gestion concertée de leur frontière
Le Sénégal et la Gambie ont franchi une étape importante dans le règlement de leurs questions frontalières. Les deux pays sont parvenus à un accord définitif sur la délimitation de leur frontière commune, au terme d’un processus de dialogue et de concertation engagé depuis plusieurs années.
L’annonce a été faite par le Secrétariat permanent sénégalo-gambien, qui a salué l’aboutissement des travaux menés conformément aux orientations des chefs d’État des deux pays. Dakar et Banjul ont ainsi privilégié les mécanismes de dialogue bilatéral et l’esprit de fraternité pour parvenir à une solution consensuelle à une question sensible.
Les opérations de réaffirmation de la frontière reprendront le 15 août
Dans le prolongement de cet accord, les activités conjointes de réaffirmation et de densification de la frontière sud doivent reprendre à compter du 15 août 2026.
Les opérations concerneront dans un premier temps le tronçon compris entre Touba Tranquil–Dar Salam et Saré Yoro Guèye–Jahanka. Ces travaux doivent permettre de matérialiser plus clairement la ligne frontalière et de renforcer la coordination entre les administrations et les forces chargées de la surveillance des deux côtés de la frontière.
Cette reprise intervient alors que la question de la gestion de la frontière avait récemment suscité des tensions, notamment autour de la zone de Bulock, dans la région gambienne de la Côte-Ouest.
L’incident de Bulock avait ravivé les tensions entre les deux pays
Le 17 juillet dernier, le gouvernement gambien avait dénoncé un incident survenu au niveau du poste-frontière militaire de Bulock. Banjul avait alors accusé des éléments des Forces armées sénégalaises d’avoir détruit une partie de la clôture d’une installation militaire gambienne, sans concertation préalable avec les autorités concernées.
Dans un communiqué, le porte-parole du gouvernement gambien et conseiller présidentiel chargé de la diaspora, Ebrima G. Sankareh, avait qualifié l’incident de « profondément provocateur » et de « totalement inacceptable ».
Selon les autorités gambiennes, une partie de la clôture d’une installation des Forces armées gambiennes avait été démolie en dehors des mécanismes militaires et diplomatiques bilatéraux établis entre les deux pays.
Malgré la fermeté de sa réaction, Banjul avait indiqué privilégier une résolution pacifique du différend. Le gouvernement gambien avait précisé qu’un dialogue diplomatique avec Dakar était engagé et que la question devait être examinée dans le cadre du Comité militaire conjoint, ainsi que des autres mécanismes bilatéraux existants.
Les autorités gambiennes avaient également assuré que la situation sécuritaire restait « calme et totalement sous contrôle », tout en saluant la retenue de leurs forces armées afin d’éviter toute escalade.
Dakar rappelle l’existence de discussions bilatérales sur la zone
De son côté, le Sénégal avait également réaffirmé sa volonté de régler la question par le dialogue.
Dans une déclaration du ministère sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, Dakar avait rappelé que les relations entre les deux pays reposent sur des « liens historiques de fraternité, de bon voisinage et de coopération stratégique ».
Les autorités sénégalaises avaient toutefois indiqué avoir, à plusieurs reprises, attiré l’attention de la partie gambienne sur certaines installations et activités considérées comme des empiètements présumés sur le territoire sénégalais et incompatibles avec une gestion concertée de la frontière.
Dakar avait également précisé que l’incident du 16 juillet ne constituait pas une remise en cause de la souveraineté gambienne ni une volonté de détériorer les relations entre les deux États. Le Sénégal avait ainsi appelé à poursuivre les discussions dans le cadre des mécanismes diplomatiques et bilatéraux déjà établis.
Un accord qui intervient dans un contexte de coopération étroite
Au-delà des différends ponctuels, le Sénégal et la Gambie entretiennent des relations particulièrement étroites, liées à leur proximité géographique, historique et culturelle.
Les deux pays coopèrent notamment dans les domaines de la défense, de la sécurité, du commerce, de la gestion des frontières et du développement économique. La configuration géographique de la Gambie, enclavée à l’intérieur du territoire sénégalais à l’exception de son ouverture sur l’océan Atlantique, rend par ailleurs la coopération transfrontalière particulièrement stratégique.
Dans ce contexte, la délimitation précise et consensuelle de la frontière apparaît comme un enjeu essentiel pour faciliter la circulation, sécuriser les zones frontalières et prévenir les incidents susceptibles d’affecter les relations entre les deux États.
Dakar et Banjul veulent désormais tourner la page
L’accord annoncé par le Secrétariat permanent sénégalo-gambien constitue ainsi une avancée significative dans le règlement de la question frontalière. Il intervient après une séquence de tensions qui aura rappelé l’importance d’une coordination permanente entre les autorités des deux pays.
Le Secrétariat permanent a salué les efforts déployés par Alieu Njie, président de la Commission nationale des frontières de Gambie, et le général de division Cheikh M. L. B. Camara, président de la Commission nationale de gestion des frontières du Sénégal, dont l’implication a contribué à l’aboutissement du processus.
La reprise des opérations de réaffirmation et de densification de la frontière, prévue à partir du 15 août, devrait désormais permettre de traduire l’accord politique en actions concrètes sur le terrain.
Pour Dakar comme pour Banjul, l’objectif est désormais de consolider cette dynamique afin de prévenir de nouveaux incidents, renforcer la coopération transfrontalière et préserver les relations historiques de fraternité et de bon voisinage qui unissent les deux peuples.

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