« La liberté dans la pauvreté » : Le choix souverain qui a ébranlé l’Afrique francophone
CONAKRY- Le 28 septembre 1958, les électeurs guinéens étaient convoqués aux urnes pour se prononcer sur le projet de constitution de la Vᵉ République française, porté par le général Charles de Gaulle. Ce référendum proposait aux colonies de l’Afrique Occidentale Française (AOF) et de l’Afrique Équatoriale Française (AEF) d’intégrer une « Communauté française » ou de rompre immédiatement leurs liens avec la métropole. Avec un rejet estimé à plus de 94 % des suffrages exprimés, la Guinée fut le seul territoire d’Afrique francophone à choisir le « NON », ouvrant la voie directe à la proclamation de son indépendance le 2 octobre 1958.

La Guinée en 1958…
À la fin des années 1950, la Guinée française traverse une période de mutations sociopolitiques intenses. Sous le régime colonial, le territoire est marqué par une importante mobilisation syndicale et politique. Le Parti Démocratique de Guinée (PDG), section locale du Rassemblement Démocratique Africain (RDA), est devenu la force politique hégémonique du pays.
Grâce à un ancrage populaire profond auprès des paysans, des ouvriers et des fonctionnaires, le PDG-RDA prône l’émancipation sociale et la fin des discriminations coloniales. Face à lui, des partis d’opposition comme le Bloc Africain de Guinée (BAG) ou la Démocratie Socialiste de Guinée (DSG) défendent des positions parfois plus modérées ou nuancées quant au rythme de la décolonisation.
Les acteurs clés du scrutin

Plusieurs figures politiques et institutionnelles ont marqué cette étape historique. Parmi eux, Ahmed Sékou Touré, leader du PDG-RDA et président du Conseil de gouvernement de la Guinée. Syndicaliste chevronné, il devient la figure de proue de la contestation contre la Communauté proposée par Paris.
Le Général Charles de Gaulle, Président du Conseil de la République française. En tournée africaine au mois d’août 1958 pour promouvoir sa Communauté, il cherche à maintenir un lien institutionnel étroit entre la France et ses colonies.

Barry Diawadou et Barry III (Ibrahima Saidou). Bien qu’initialement favorables au projet de la Communauté ou partisans de réformes progressives, ils finissent par se rallier au consensus du « NON » face à l’élan populaire.
Bernard Cornut-Gentille, Ministre de la France d’Outre-mer, et Jean Risterucci, gouverneur de la Guinée française, représentants de l’administration coloniale chargés de l’organisation du scrutin.
Du discours de Conakry à la rupture avec la métropole
La rupture décisive s’est jouée un mois plus tôt, lors de la visite du général de Gaulle à Conakry le 25 août 1958. Lors d’une séance solennelle à l’Assemblée territoriale, Ahmed Sékou Touré prononce une allocution restée célèbre dans les annales politiques africaines, déclarant : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans la servitude. »

Piqué au vif, le général de Gaulle, répond séance tenante : « L’indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre le 28 septembre en répondant « NON » à la proposition qui lui est faite. Je garantis que la Métropole n’y mettra pas d’obstacle. »
Dès cet instant, le destin de la consultation est scellé en Guinée. La consigne de vote pour le « NON » se généralise à travers tout le territoire national.
Témoignages et mémoires d’archives
Les témoignages conservés par la mémoire collective et documentés par les archives de votre quotidien Africaguinee.com rendent compte de la ferveur et du climat particulier qui régnaient dans le pays le jour du vote.
« Il était normal au référendum du 28 septembre 1958 que la Guinée devienne indépendante. Surtout qu’entre-temps les autres partis politiques ont rejoint le PDG avec l’idée qu’il ne sera pas enregistré dans l’histoire que par rapport à la libération de la Guinée, ils étaient en reste », se souvient le sociologue Ismaël Condé.
La rupture immédiate
Dès le lendemain du scrutin, les résultats confirment le rejet du projet constitutionnel par 1. 136. 000 voix contre environ 57 000 « OUI ». La réaction du gouvernement français est immédiate. Il prend acte de la volonté d’indépendance et cesse ses prestations financières et administratives.
Les fonctionnaires, médecins, enseignants et techniciens français reçoivent l’ordre d’évacuer le territoire dans des délais très brefs. Les archives administratives, le matériel technique et les équipements d’État sont rapatriés ou détruits.
Portée historique
Quatre jours après le vote, le 2 octobre 1958, l’Assemblée territoriale de Conakry se proclame Assemblée nationale constituante et proclame l’indépendance de la République de Guinée, élisant Ahmed Sékou Touré comme premier président.

En disant « NON » au référendum du 28 septembre 1958, la Guinée est devenue la pionnière des indépendances en Afrique subsaharienne francophone, déclenchant une dynamique géopolitique qui conduira, deux ans plus tard, en 1960, à l’émancipation de la quasi-totalité des colonies françaises d’Afrique.
« 1960, c’est la conséquence de 1958. C’est indéniable. L’indépendance de la Guinée c’est un fait de Dieu (…). Quand la Guinée a pris son indépendance, les autres pays ont vu qu’elle n’est tombée. Dès lors, les mouvements des syndicats et des étudiants dans ces pays se sont accentués. Après, c’est De-Gaulle lui-même qui a décidé que les autres pays de la colonie accèdent à l’indépendance », expliquait à Africaguinee.com le Pr Ibrahima Caba Bah.
Pour l’actuel premier ministre guinéen, « la Guinée du 28 septembre 1958, c’était une Guinée adulée et observée par le monde entier qui projetait une volonté, une ambition de transformation, de liberté et de dignité ».
Amadou Oury Bah ajoute que l’autre idée qui rejoint celle de 1958, est que la Guinée était une « référence au début de l’indépendance ».
Source : Focus Africaguinee.com

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